Cet article aurait dû être écrit il y a environ un mois. Je dois donc faire appel à ma mémoire, ce qui risque d’entraîner une réduction à la fois qualitative et quantitative du présent article. Il y a donc un mois, je décidai de me rendre au Parc des expositions de Villepinte, dans le 9-3. En bon étudiant d’Institut d’Etudes Politiques, je me devais d’assister à ce fameux meeting de Ségo, où, selon la presse, « elle jouait gros », c’était « quitte ou double », etc. Tout comme, d’ailleurs, le jour où elle aurait à faire ses preuves lors du passage sur TF1 dans J’ai une question à vous poser.
J’y allais aussi car cela m’évitait d’avoir à terminer ce bouquin, que je devais pourtant terminer pour très vite… Bref, métro Anatole France, jusqu’à Saint-Lazare, puis RER E jusqu’à Magenta, puis RER B direction Charles de Gaulle, jusqu’à Villepinte. Perrine me dit qu’il y avait plus simple, elle fait son Bertrand Renard…(Laura, si tu ne comprends pas, c’est normal). Mais que voulez-vous, un Toulousain ne devient pas un pro du réseau de la RATP en un jour. Chez nous, la ligne B se termine seulement.
Sur le quai du RER, une vieille dame m’a fait peur. Je l’entendais dire à quelqu’un que c’était uniquement sur invitation ce meeting. Et de sortir fièrement son « invitation ». Mon œil ! J’imagine que cette militante PS trouvait là une façon d’être importante. C’est pas tous les jours que l’on est personnellement invité par Mme Royal, tout de même. Bref, c’était bidon, le meeting était évidemment public.
Dans le wagon, deux types discutent politique. Café du commerce à fond, comme diraient nos profs de l’IEP, qui doivent tous bien être au-dessus de toutes ces basses considérations, j’imagine. DSK par-ci, Besancenot par-là, et les sondages disent qu’on est mal barrés, etc.
Arrivé à ladite station Villepinte, je m’aperçois que nous n’étions pas que trois à aller voir Ségolène. De peur de ne pas pouvoir rentrer, ça m’aurait quand même embêté – pour être poli – d’avoir fait tout ce trajet pour rester devant la porte, j’accélère le pas, et je prends même la tête du petit troupeau déversé par le train. Ce parc des expos a l’air planté au milieu de nulle part, et il faut faire au moins 500 mètres, en traversant des halls tous aussi vides les uns que les autres, pour atteindre LE fameux hall où la prestation pendant laquelle Ségo va jouer gros aura lieu.
J’ai trois bons quarts d’heure d’avance, pas de problème pour rentrer. La salle est carrément immense, rien à voir avec la salle Jean Mermoz évidemment, ni même avec le hall du Parc des expos de Toulouse où certains d’entre nous ont subi le concours d’entrée dans notre noble Institut. C’est bien plus grand. Et encore, le rideau noir que je vois au fin fond commence juste à être ouvert par des monsieurs sur des machins télescopiques Kiloutou, et laisse entrevoir le reste de la salle, qui est aussi grand que la partie dans laquelle je me trouvais alors ! Bref, immense. Je ne sais plus de combien de personnes les chauffeurs de salle parlaient, entre quinze et vingt mille je crois. Mais j’ai lu un article quelques jours plus tard qui disait que la salle avait une contenance maximale de 8000 personnes il me semble...
J’essaie de m’approcher le plus possible de la tribune, mais je me retrouve vite au milieu d’un carré de chaises ardemment défendues par de féroces militants socialistes, qui avaient dû camper ici depuis la veille, et qui n’étaient donc pas prêts à lâcher la chaise vide d’à côté pour un inconnu. Je me résous donc à battre en retraite, mais pour trouver des chaises libres, il faut maintenant revenir tout au fond de la salle. Je me retrouve assis dans les derniers rangs, entouré de militants de je ne sais plus quelle fédération (PACA peut-être…), pas franchement dément comme ambiance. Certes, je suis juste en face d’un des nombreux écrans géants, où défilent pour le moment un diaporama de photos prises lors des fameux « débats participatifs » aux quatre coins de la France (ou de l’Hexagone, mais un hexagone a six coins, et non quatre). Même en mettant mes lunettes, il sera difficile d’apercevoir Ségo en vrai, en chair, en os, et en tailleur (rouge pour l’occasion).
Du coup, je me décide à me rapprocher des MJS, qui sont, eux, debout sur les chaises, chantent en cœur des refrains de vainqueurs et agitent des drapeaux. Ils arborent des beaux T-shirts tout neuf, avec écrit, notamment, « L’avenir ne se fera pas sans toi ». C’est plus fun, donc. Et puis ça me permet, en restant debout, d’être plus près de la tribune, même si, finalement, je n’ai toujours pas vu la tribune de là où j’étais…
Je vous passe le discours, hein ? C’est le moins drôle. On trouve des idées qui, je pense, n’auraient pas eu leur place dans un discours socialiste il y a quelques années : rapprocher l’école et l’entreprise, alléger le poids des administrations, en finir avec cette lourdeur de l’Etat central, etc. La Gauche évolue donc, elle aussi. Et puis je ne vais pas reprendre ses 100 propositions qui ont été largement commentées dans la presse, certes peut-être moins que la couleur de sa tenue ou ce qu’ont pensé de la prestation ses adversaires, mais passons. J’ouvre d’ailleurs une mini parenthèse pour dire qu’il y avait un mini quizz très amusant dans le Nouvel Obs cette semaine. Sur quelques thèmes (la Sécu, les salaires, etc.), les propositions de Ségo, Sarko, et Bayrou sur chaque thème sont énoncées. Le jeu consiste à dire qui a dit quoi (un peu comme sur le blog de Kiyomi !). Eh bien figurez-vous que ce n’est pas évident, tant les propositions se ressemblent parfois. Parenthèse refermée.
Ségo se fait attendre, au moins une demi-heure. Et puis elle est arrivée, est passée juste devant nous, mais je n’ai rien vu. J’avais juste aperçu Jack Lang, et quelques « pipoles ». Disiz la Peste notamment, enfin je savais pas du tout qui c’était mais on me l’a dit… chaque candidat se doit en effet, semble-t-il, d’avoir son « rappeur » de soutien : Disiz pour Ségo, Doc Gynéco pour Sarko…même Le Pen a le sien dit-on, avec Rost. Y’a aussi Lambert Wilson, Charles Berling, et plein d’autres gens assis devant, qui font coucou à la caméra quand elle passe devant eux, et chauffent la salle.
On nous distribue des drapeaux qui sortent des cartons, et qui sentent horriblement le neuf, une odeur d’encre ou de je sais pas quoi mais qui vous prend à la gorge. Plein de produits cancérigènes à tous les coups. Au bas des écrans géants, le discours est retranscrit en temps réel par quelqu’un, quelqu’un qui tape donc très vite. Ségolène est un peu froide au début, mais prend de l’assurance peu à peu…c’est un diesel quoi. Elle est parfois visiblement secouée par l’émotion, notamment lorsque la foule scande « On va gagner ! ».
Vers la fin, mes jambes commencent à flancher, et j’ai mal en bas du dos. Je regrette presque les chaises du fond. Ségo reste une minute ou deux sous les applaudissements, et disparaît. Là, je vois derrière la tribune les vigiles qui s’agitent, et je m’approche, instinctivement, de la porte sur ma droite, par laquelle Ségolène Royal est entrée. Puis elle apparaît effectivement, et semble s’en aller, mais pas par cette porte. A côté de moi se sont agglutinés des vrais fans, qui ont réussi à capter son regard, et tentent de l’attirer avant qu’elle reparte définitivement. Elle salue notre petit groupe de la main, mais ça ne leur suffit pas, et les appels redoublent. Donc, parce qu’il faut bien être proche du peuple tout ça, elle daigne s’approcher. A ce moment précis, je suis pressé par une foule prise de quasi-folie. Les vigiles qui nous font face ont compris que Ségolène allait venir serrer des mains, et se mettent à soutenir les barrières qui retiennent le troupeau – dans une position qui ressemble à celle que l’on prend pour s’étirer le derrière des mollets après un footing, ou pour pousser une voiture en panne (une AX par exemple). Je suis littéralement ballotté de droite à gauche, d’avant en arrière par ces excités, comme un pantin, ou comme un culbuto, mais j’ai plutôt l’allure d’un pantin que d’un culbuto je crois. Il faut bien avouer que, si je ne me considère pas comme un excité, je fais tout de même partie du groupe, puisque j’aurais très bien pu, après tout, m’éclipser juste à la fin du discours, ce que je n’ai pas fait... Ségolène est à quelques mètres, les gens tendent leurs mains. Et là, tenez-vous bien. Vous avez attendu cet article comme un gamin attend le 24 décembre le nouveau vélo qu’il aura le lendemain, mais pas pour rien. Et oui, croyez-le ou pas, mais j’ai touché Ségolène. Unbelievable (incroyable), but true (mais vrai). J’ai touché son petit pouce, précisément. Depuis, évidemment, je ne me lave plus la main bénite.
Dès qu’elle sera ex-future présidente (c’est comme ça qu’Al Gore se présente au début de sa conférence An Inconvenient Truth), parce-que pour l’instant elle est trop occupée, je compte bien aller plus loin avec Ségolène, et pourquoi pas tenter de lui serrer la main. Et puisque le seul défaut de Ségolène, c’est son compagnon, j’ai peut-être ma chance…
Dans le RER, c’est le débriefing. Voilà, c’était ça, ma folle journée avec Ségolène.
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