Lundi 18 décembre 2006

Tout d’abord, je tiens à préciser que certaines critiques qui pourraient m’échapper, fussent-elles en filigrane, ou explicites, sont très certainement dues à des préjugés, infondés donc. J’assume, et vous avez le droit de me critiquer en retour, bien évidemment.

 

Le week-end dernier, je suis parti à Willaston, dans la péninsule du Wirral. Ne cherchez pas sur une carte, cette petite bourgade n’a pas d’intérêt touristique majeur. Mais pourquoi donc décidai-je un beau jour d’aller passer un week-end à Willaston ? A vrai dire, je n’ai pas choisi où j’irais exactement pour ce week-end, ni même avec qui j’allais le passer. Et je n’ai pas été déçu du voyage…

 

Au début du semestre, une des conférences destinées aux étudiants internationaux nous informait d’un programme intitulé Host, qui consiste à donner la possibilité à ceux qui le désirent de passer une journée, un week-end, ou les fêtes1, dans un foyer britannique. C’est gratuit, les familles sont volontaires et bénévoles, et l’Université de Manchester étant membre du programme, il n’y a pas de frais d’inscription (en gros, les étudiants britanniques ont payé pour moi). L’idée a germé au fil des semaines, puis, remarquant que les occasions de se rapprocher des vrais British étaient plutôt rares, je faisais une candidature en ligne un soir de solitude. On peut choisir entre plusieurs zones géographiques selon son budget, ainsi que la période. Je me suis limité aux comtés alentours pour ne pas flinguer encore plus le budget, et je me suis dit qu’un week-end c’était le minimum pour espérer retirer quelque-chose de cette expérience. Quelques jours plus tard, je recevais une confirmation, avec le nom de ma famille d’accueil, famille composée d’une et d’une seule personne, personne retraitée, retraitée de l’enseignement. J’étais un peu déçu, car j’aurais aimé tomber sur une famille plus nombreuse, éventuellement rencontrer des enfants, etc. Mais bon, il est retraité de l’enseignement, je ne serai pas trop dépaysé me disais-je. Pas de mail, il faut donc que je lui téléphone directement. Gloups. Non, quand même pas, mais je n’ai jamais l’occasion de téléphoner ici, et bien évidemment la communication en Anglais amputée de ses éléments non verbaux est plus ardue… Enfin, dans la semaine, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai téléphoné à John. Manque de bol, pas là, je laisse un message. Il m’a rappelé quelques jours après, m’a demandé ce que je souhaiterais faire, ce à quoi j’ai répondu que ça m’était égal, que je souhaitais juste l’accompagner dans sa vie quotidienne, discuter, etc.

 

-         vous : « Charlie tu veux pas raccourcir un peu, à ce rythme là on y est encore demain…tu ferais mieux de mettre à profit ta propension à la prolixité dans tes 3.000-word essays ».

-         moi : « Désolé ».

« Je pense que les Beatles ont fait beaucoup de mal à la jeunesse » me lance John dans ce pseudo-restaurant, The Yacht, situé au bord d’une route quelconque, genre route nationale, et qui propose une formule 2 meals for £10. Devant mon fish and chips (oui, car je n’avais jusqu’alors même pas testé ce plat typique) je ne bronche pas, je n’ai vraiment pas le cœur ni le courage à me lancer dans un débat d’idée avec lui, un vendredi soir, en Anglais. Disons que cela me laisse présager du degré de conservatisme politique de ce monsieur, même si je fais certainement des raccourcis rapides. On mange vite fait, je sens que ce week-end va être long.

Retour dans sa petite maisonnette de Willaston. Je tenais à mettre la photo, car j’adore la bibliothèque, pas pour ses livres, mais pour son déhanchement. J’imagine que ce n’est pas du chêne massif ! Et puis ça vous donne un peu l’idée de la « décoration » et de la folle ambiance qui habite les lieux. Tous les livres concernent la religion (Hope Has Wings, The Great Light, etc. pour vous donner une idée), et il y a la même bibliothèque à droite de la cheminée. Il a récemment fait don d’un demi-millier d’ouvrages à une bibliothèque. Mais le plus gros de sa collection se trouve dans le petit abri de jardin, que je n’ai pas eu l’occasion de visiter, car il commence à faire froid pour y travailler en ce moment. Car John n’est pas un directeur d’école primaire à la retraite comme je le croyais d’après sa fiche, mais un ancien professeur de théologie, à l’Université de Manchester précisément. Et même s’il est à la retraite, il semble continuer à beaucoup œuvrer dans ce domaine.

La télé ne s’allume que pour regarder les titres des news la BBC, ainsi que certains programmes historiques ou documentaires animaliers, car John « n’aime pas particulièrement les divertissements ». Bizarrement, je l’avais déjà deviné que des programmes du genre I’m a Celebrity, Get Me out of Here ne sont vraiment pas la tasse de thé de John.

 

Le samedi, il a fallu que je me lève tôt pour un samedi, à 8h00, car on partait visiter. Petit déjeuner avec sa super compil’ de Classic FM, et après que John a dit la prière. Ce qui est une grande première pour moi ! Puis nous voilà partis avec John, et un de ses potes – ex-collègue en fait. Heureusement d’ailleurs, à trois c’est mieux. D’ailleurs, ce monsieur a passé plus de 20 ans de sa vie en Argentine, et quelques années en Espagne. Et pour compléter ces petits clins d’œil internationaux2, John a une petite Škoda rouge, et beaucoup d’amis étudiants chinois, qui le font bosser jusqu’à pas d’heure dans sa petite piaule pour corriger l’Anglais de leurs essays… Première étape à Conwy, au nord du Pays de Galles, pour changer ! Rien d’extraordinaire, jolie petite ville, des fortifications bien conservées, mais c’est du pipi de chat par rapport à Carcassonne. Puis petit tour à travers Snowdonia, en passant d’ailleurs par le petit village où habite Laura. On s’arrête voir une petite cascade, où il faut mettre £1 dans un machin pour pouvoir passer le tourniquet…je ne sais même pas à qui va cet argent, et c'est assez déplaisant de devoir payer pour quelque-chose qui devrait être un bien public – n’en déplaise à J.-L. G. On pourra me dire que cet argent sert certainement à l’entretien du site, au nettoyage d’éventuels détritus laissés par des touristes indélicats, etc. Mais enfin, l’entretien d’une cascade, je vois pas trop en quoi ça consiste ! Bon, j’exagère un peu, il y avait une espèce de balcon aménagé…enfin, l’argent servait peut-être aussi à entretenir toute la clôture, ainsi que le tourniquet, planté là au bord de la rivière. Enfin, on s’en fout, je sais. Nos deux compères profitent de l’étape pour soulager leur vessie, dont la capacité de rétention commence à faiblir quelque peu avec l’âge. Quelques virages plus loin, arrêt pique-nique, dans la voiture car il pleuviote, pour changer. John laisse l’honneur à son copain Victor de dire la prière. J’ai trouvé le moment assez surréaliste, je vous l’avoue. Deux théologiens retraités et un étudiant égaré dans la vieille Skoda, devant leurs Tupperware, sur un parking d’un village quelconque du Pays de Galles… Surréaliste, mais en même temps j’ai trouvé que la prière était finalement assez pragmatique pour le coup. En effet, d’après ce que j’ai compris il n’y a pas de formule exactement définie pour ce genre de prière, même si ça consiste en gros à remercier le Seigneur pour ce repas, et généralement à avoir une pensée pour ceux qui n’en n’ont pas, de repas. Sauf qu’en l’occurrence, Dieu aurait pu faire ce qu’il voulait, ce n’est pas lui qui a préparé les sandwichs (beurre, fromage, tomates légèrement passées, je n’ai pas choisi les ingrédients) le matin même, mais moi-même. De là à m’identifier à Dieu, il n’y a qu’un pas que ma modestie m’impose de ne pas franchir, mais tout de même… Non, je plaisante bien sûr, ce n’est pas là que j’ai vu le pragmatisme. Mais plutôt quand Victor a profité de sa prière pour remercier Jésus de nous protéger pendant ce voyage. Et là, on peut dire que j’ai vraiment communié dans la prière, car que je sois encore en vie après cette expédition relève quasiment du miracle pour le coup. Le fait de rouler à gauche a peut-être accentué mes craintes, mais il m’a bien semblé que nous frôlions à plusieurs reprises trottoirs et autres murets, quand ce n’était pas les rétroviseurs, de l’autre côté. Quant à la ligne blanche, elle servait plutôt de guide que de délimitation entre les deux voies. En plus, il passait son temps à régler son poste sur Classic FM. Enfin, même à travers la neige (pas grosse, mais neige quand même) il ne nous est rien arrivé, ce qui m’oblige à tempérer mon scepticisme envers la religion.

D’ailleurs, en parlant de pragmatisme, ça me rappelle un souvenir d’enfance. Pour imiter ce que je savais du rite de la prière avant un repas, certainement vue dans des téléfilms américains à la noix – vraiment, l’imaginaire est malmené dans notre monde moderne – il m’arrivait de déclamer avant de passer à table, une prière du genre « Mon Dieu, faîtes que ce repas soit bon… ».

 

*** Pause « Pardon-aux-familles…-tout-ça » :

Désolé, j’espère ne choquer personne, mais je sais bien que, vous qui me lisez, croyants ou non, savez que je sais qu’il existe évidemment des milliers de façon de vivre sa foi, etc. Je caricature à gros traits la situation bien évidemment (enfin, je ne mens pas non plus !) et essaie d’utiliser le second degré à des fins humoristiques (avec plus ou moins de réussite, je vous le concède). Ce que je raconte sur John relève du portrait individuel, je sais très bien que ce n’est pas généralisable. Bon, j’arrête les justifications, vous avez le droit de commenter si je vous ai énervé, voire blessé, ou que sais-je encore. Ce n’est évidemment pas le but. Tout ça pour dire qu’il est délicat de gérer le contenu en fonction de l’audience – certes limitée mais diverse dans sa composition. ***

 

Devant la voiture, y’a un pauvre Père Noël avec son traîneau garé en double file qui bloque la circulation, avec un sono qui diffuse des airs classiques de Noël. John va donner une pièce (ou deux, j’en sais rien…) puis on repart dans notre folle expédition à travers le nord du Pays de Galles. Quoi d’autre à signaler…John et Victor discutent de la jeunesse qui va mal3, du modèle de la famille qui éclate, de la guerre en Irak et du conflit israélo-palestinien, etc. Bref, ils refont le monde comme on aime bien le refaire, un mardi soir au Mulligans par exemple. On s’arrête ensuite dans un village dont j’ai honteusement déjà oublié le nom. John en profite pour piquer un petit roupillon dans la voiture (et je trouve que c’est une sage décision), pendant que Victor, après avoir re-re-re-re-soulagé sa vessie, me fait visiter le centre-village qu’il connaît bien apparemment. Comme vous pouvez le voir sur les photos, il a beaucoup plu ces jours derniers. Et comme Victor me l’a bien expliqué, ce village abrite principalement deux types de population : l’homo turisticus que je suis à ce moment là, et le retraité Anglais plein de thunes (enfin, peut-être pas suffisamment pour venir s’installer en France, gnark gnark) qui fait, en s’installant ici, « le choix naturel pour une retraite heureuse » (cf. photo). Vingt minutes plus tard, visite terminée, et on rentre à la maison. Malheureusement pour moi, Victor décline l’invitation de John à rester dîner avec nous. Il va donc falloir manger ce foie gras et boire ce vin blanc (pas la deuxième bouteille de Sauternes maman, celle-là je la garde pour le réveillon, gnark gnark) entre quatre yeux, ce qui ne me fait pas sauter au plafond de joie. D’autant plus que, comme beaucoup d’insolents britanniques, John insultera ce foie gras spécialement commandé sur Internet de notre belle région du Sud-Ouest pour l’occasion, en osant l’appeler « pâté ». Combien de fois faudra-t-il leur répéter que ça n’a RIEN A VOIR, bon sang de bois ! Non, je plaisante, je ne leur en veux pas, j’aurais moi-même probablement un peu de mal à distinguer un bon Christmas pudding d’un Christmas pudding quelconque… Enfin, il étale ça comme un vulgaire pâté, et l’engloutit comme un vulgaire pâté, mais ça lui plaît c’est déjà pas mal. Tout ceci après avoir prié bien évidemment, et eu une pensée pour tous les enfants qui n’auront pas à manger pour Noël. J’avoue que ça ne m’a pas mis dans les meilleures conditions pour déguster ce fabuleux dîner, aux chandelles (même si c’était plutôt des grosses bougies comme celles de l’église) et avec un CD compilation des meilleures musiques de Noël sélectionnées par Classic FM, siouplé. Enfin, j’étais tout de même content de mon foie gras, car on ne peut pas dire que John soit un excellent cordon bleu. Célibataire endurci, j’imagine qu’il n’accorde pas un importance suprême à la qualité de ses repas. Et je peux comprendre, mais disons que là, on aurait dit qu’il voulait absolument que je reparte de ce week-end avec la confirmation par l’expérience du cliché de la bouffe britannique qui n’enchante pas les papilles, pour rester sobre. Au menu, « « cordons bleus » » et tomates au four natures, accompagnés de gaufres (ne me demandez pas si c’est normal, j’en sais rien) et de légumes, mais quels légumes ! Choux de Bruxelles (j’en fais déjà une cure à Owens Park) surgelés jetés dans un mini-casserole d’eau pas bouillante, dans laquelle on rajoute en vrac à peu près tout ce qu’on trouve, de la jardinière de légumes du fond du congélo aux oignons frais. Le tout agrémenté d’une sauce (gravy) en poudre (délayée, quand même). Enfin, ça restait mangeable, je n’en suis pas mort.

Sarkozy est décidément partout. Après avoir fait intrusion dans mon cours sur l’Union européenne, ainsi que dans une conférence sur le Traité constitutionnel voilà qu’il parvient à me suivre jusqu’à Willaston. En effet, la première chose que John m’a demandée après que je lui ai dit que j’étudiais la science politique (et après le haussement de sourcils, commun à toute personne qui pense que c’est si sérieux que le nom peut le laisser penser comme études4), c’est mon avis sur Nicolas. Balaise quand même d’arriver à être populaire jusqu’à Willaston, chez quelqu’un qui n’allume la télé que pour regarder les titres des infos et les docus animaliers ou historiques… Décidément une stratégie de communication très forte.

Là où John m’a encore surpris, c’est quand il m’a laissé faire la vaisselle, et pas qu’une fois en plus le bougre ! Moi, je propose un peu par politesse il faut bien le dire, mais étant donné qu’il « n’aime pas nettoyer », il a accepté avec joie ma proposition ! Et honnêtement, il a raison de ne pas se priver, je trouve ça tout à fait normal même de participer ainsi aux tâches ménagères de quelqu’un qui vous offre l’hospitalité de la sorte… D’ailleurs, si vous m’invitez, sachez que vous pouvez me demander de faire la vaisselle, je prends pas cher et ça ne me dérange pas. Ben oui, à défaut de savoir cuisiner, il faut bien que je me rattrape que quelque-chose, même si c’est un peu moins noble… Ca me changeait juste du week-end dernier, où ma moindre tentative de rincer un verre d’eau se voyait opposer un refus catégorique des parents de Laura. J’avoue que faire la vaisselle, ça a (un peu) permis de briser la glace, je me sentais moins gêné d’abuser de sa gentillesse.

 

Le lendemain matin, John me cueille au réveil, après une nuit où j’ai mal dormi car je me suis bien gelé (il faisait 15°C parfois, le temps que les radiateurs qui déclenchent à partir de 5 heures chauffent…), en me demandant « What do you think Christmas is all about? ». Hum… Charlie, ne perds pas la face, trouve un moyen de dissimuler ton ignorance…tu étudies la politique, mince, tu dois bien être capable de trouver une pirouette à la Ségolène ! En plus je n’ai aucune excuse car j’ai assisté à quasiment tous les cours de Mme Lacoue-Labarthe sur les religions – les derniers ayant été annulés pour cause de grève. En même temps, on a dû passer vite sur Noël, car on est en droit d’attendre d’un IEPien un minimum de bases en ce domaine. C’est dans ces moments-là que je me demande comment j’ai atterri à l’IEP, mais passons. Donc pour moi, à part la naissance du petit Jésus, le sapin, les souliers, les cadeaux et le Papa Noël qui passe par la cheminée pendant la nuit, Noël ne signifie pas grand chose. Mais John est compréhensif et ne s’offusque pas.

 

Le clou du dépaysement a sans surprise été la messe du dimanche matin. Grande première. Ma seule expérience en ce domaine se limite à deux mariages, et à une messe de minuit un soir de Noël à Sommières avec mon frère…d’ailleurs, je devrais pas le dire, mais si je me souviens bien on était partis avant la fin, car l’évocation de l’histoire du village pas les enfants du « caté » (j’imagine), aussi mignons soient-ils, et aussi passionnante l’histoire de Sommières soit-elle, ne réussissait pas à nous maintenir éveillés. Dans la voiture, John m’explique ce que cela veut dire pour lui d’être chrétien. Il vient de rendre visite à une personne âgée, qui a apparemment du mal à se déplacer, mais qui prépare toutes les semaines des gâteaux bénévolement, pour le profit de l’Eglise si j’ai bien compris.

Pour John, le communisme  le christianisme c’est dire non à soi-même et oui aux autres, même si c’est parfois difficile. John admire cette dame car il ne l’a jamais entendu se plaindre de son état.

La messe, comment dire…j’étais assez fatigué, donc j’ai trouvé ça assez long. Heureusement y’avait un karaoké de temps en temps pour nous réveiller ! C’est moderne maintenant, faut pas croire ! En plus de la Bible et d’un autre livre de prières et de chants que l’on m’a prêté à l’entrée, les paroles des chants étaient diffusées sur un écran à partir d’un vidéoprojecteur ! Bon, il n’y avait pas le défilement pour savoir où accélérer et ou ralentir comme dans un vrai karaoké, mais tout de même, c’est pas mal ! Certains auraient payer cher pour voir ça, mais oui, j’ai chanté (un tout petit peu). Pas autant que John, qui lui se permettait des effets de voix réservés à ceux qui connaissent les paroles par cœur… enfin, « Hallelujah » ne diffère pas beaucoup du Français, donc j’essayais de me rattraper sur les refrains ! Sinon plusieurs intervenants se sont succédé, parlant de l’actualité locale, et internationale (guerre en Irak et conflit au Proche-orient principalement), interprétée à l’aune de la Bible. L’église était bien remplie, la moyenne d’âge assez élevée mais tout de même pas mal de jeunes couples avec enfants. Ces derniers ont d’ailleurs droit à leur moment réservé, au début pour qu’ils puissent partir plus tôt et arrêter de casser les oreilles de tout le monde. Là ça consistait en une petite parabole, à partir d’une comparaison entre les étapes de la vie d’une pomme et la foi en Dieu. Il y avait six dessins, représentant « la graine plantée », « arroser », « attendre », « attendre », « tailler le pommier », et « cueillir la pomme ». Les enfants volontaires avaient chacun un dessin et devaient reconstituer l’ordre de l’histoire. Et finalement, on expliquait que la Terre promise c’était la graine plantée par Dieu, et qu’il fallait beaucoup croire et attendre. Un gamin nous a tous fait rire en suggérant qu'il manquait une étape, celle du lavage de la pomme avant de la manger...et oui, les pesticides sont passés par là depuis Adam et Eve ! 

A la fin de la messe, je suivais John dans ses nombreuses salutations, car, évidemment, dans ce genre de villages, j’imagine que la messe est aussi un lieu très important de socialisation. Il me présentait, je disais « Nice to meet you » et serrait beaucoup de mains, et on me répondait souvent deux ou trois mots en Français…

 

Finalement, ce week-end fut très enrichissant ; si l’on considère que l’on apprend de nos différences, je pense que j’ai beaucoup appris ce week-end. Ce qui a fait que je me suis souvent senti gêné, souvent ennuyé aussi, ou pas à ma place, c’est tout simplement une accumulation de dissonances cognitives, ou bien un différence structurale entre nos habitus pour employer une terminologie pompeuse (ou bourdieusienne…IEP quand tu nous tiens). Loin de moi l’idée de mépriser la foi en tant que telle, bien évidemment, ce serait d'ailleurs ridicule. Je la prends même très au sérieux, et je suis tombé sur un petit papier de la forme d’une carte de visite qui m’a fait prendre conscience que c’était très sérieux pour certains. En fait, ce bout de papier qui traînait sur un meuble de ma chambre était une demande (ou requête, selon comment on traduit) de prière, assez émouvante :

 

A quelques mots près, une demande qui aurait pu se trouver sur le bureau d’un élu politique, non ?


1. J’ai aussi fait une candidature pour Noël, histoire de ne pas le passer à déprimer seul à Owens Park, qui se désertifie peu à peu. Et j’irai donc à Kendal, mais cette fois dans une famille, avec plusieurs gens, si si !

2. A ce propos, remarquez la petite carte du monde tout en bas de ce blog, qui montre l’origine géographique des connexions… Je suis lu de partout dans le monde, unbelievable, innit ? C’est ça l’effet 3A. Enfin je n’ai pas reconnu tout le monde, certains ont dû s’échouer ici au détour des liens tortueux du Net… Ou bien j'ai des admirateurs secrets !!!

3. Soit dit en passant, nos amis britanniques semblent avoir un réel malaise avec leur jeunesse, à tel point que le sujet des « attitudes anti-sociales » (anti-social behaviour), souvent associées aux jeunes dans les médias, a fait l’objet d’une séance complète dans notre cours de Social Problems and Social Policy.

4. Il y’en a d’autres qui ne se laissent pas impressionner (et ils ont raison, y’a vraiment pas de quoi…) et qui te demandent : « Politique internationale ? Comparée ? … ». S’en suit un heu… (ou er… en VO), puis une tentative d’explication de ce que sont les études à l’IEP, un grand fourre-tout (dont je me satisfais entièrement, rassurez-vous).

Par Charlie - Publié dans : charliethefrog
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Mercredi 6 décembre 2006

C’est avec un peu de retard, dû à un malencontreux 3.000-word essay qui a monopolisé mon emploi du temps ces derniers jours, que je vous raconte mon avant-dernier week-end…Pour ceux que ça intéresse, évidemment, aujourd’hui, Charlie chez les Gallois...

 

Vendredi soir, 17 heures, un tour de clé (à l’envers, comme beaucoup de choses ici) dans la serrure de ma porte toute moche, et je me dirige d’un pas pressé vers l’arrêt de bus le plus proche, devant le newsagent en face de l’entrée principale d’Owens Park, Wilmslow Road. Je monte dans ce vieux bus pourri – soi-disant magique – dont on devine que les couches de peinture bleue ont été superposées année après année, pour cacher la rouille. Ces bus ont des fuites à l’intérieur quand il pleut, souvent ils calent, et tout le monde se regarde, une lueur d’espoir dans les yeux pour que le vieux tas de ferraille redémarre. Il n’est pas rare de voir de tels bus garés sur le bord de la route, vides, warnings allumés, et capot ouvert. J’espère que cela n’arrivera pas ce soir, car le timing est juste, je n’ai qu’une demi-heure pour me rendre à la gare d’Oxford Road. Il est possible de se prémunir de cette insécurité due à la vétusté des bus : il suffit de prendre un Stagecoach au lieu d’un MagicBus, ces derniers étant la flotte pourrie de la même compagnie. Au lieu d’acheter votre ticket hebdomadaire bleu, à £3, vous achetez le rouge – Smartrider, ça veut dire ce que ça veut dire, c’est pas d’la daube – à £4, et là, vous pouvez empruntez les MagicBus et les Stagecoach.

Mais Dieu merci, aucun incident à signaler dans mon bus de pauvre ce soir-là, excepté les quelques cyclistes qui ont frôlé la mort, comme tous les jours, en osant s’aventurer sur les pistes cyclables qui ne sont rien d’autres que des lignes de peinture dans les voies de bus. Les inconscients ! Pour avoir expérimenté pendant mon année d’IUT Génie mécanique le vélo pour aller en cours, et avoir donc, forcément, essuyé quelques averses en chemin, je ne peux comprendre ces malades qui font de même à Manchester (où le risque d’arriver trempé à la fac est multiplié par un facteur conséquent). Bref.

J’arrive à 17h30 pétantes, Laura m’attend devant le petit hall de la petite gare. Laura, c’est une de mes partenaires de face-to-face, un programme mis en place par l’Université et consistant à se faire rencontrer des étudiants de langues natives différentes pour échanger lesdites langues. Concrètement, un simple tableau d’annonces où chacun peut proposer ou demander l’apprentissage d’une langue, en général sa langue maternelle (la pédagogie, c’est répéter…). Ce que je n’attendais pas de ce programme, c’est de rencontrer une personne qui me proposerait, après seulement quelques heures de discussion sur tout et rien, de venir passer un week-end chez elle. Un peu gêné au départ par la proposition, j’ai très rapidement fait la part des choses et ai accepté avec joie l’invitation, plus que bienvenue en ces temps de routine naissante et de sous-productivité académique.

Dix minutes de queue plus tard, je me dirigeais vers le quai n°2, mon aller-retour pour Bangor (Nord-Ouest du Pays de Galles) en poche, et mon portefeuille plus léger de £27. Oubliés tous les essays, ces petits cons de freshers qui n’ont rien d’autre à faire que de déclencher les alarmes anti-incendie en pleine nuit (je sais, je fais une fixette, mais c’est parce-que ça le vaut bien), ou encore de faire des super-méga-boums improvisées dans le couloir du deuxième étage de Green Court 3…couloir qui peut aussi servir de terrain de foot, parfois.

Laura me fait remarquer que la gare est beaucoup plus sale qu’à Helsinki où elle a passé quelques semaines récemment, et je lui réponds que lorsqu’elle sera en France l’an prochain, elle ne sera pas dépaysée de ce côté-là. Nous tuons les deux heures et demie de trajet à discuter, de tout et de rien encore, et à regarder des photos sur mon ordi, que je n’ai pas cru bon de laisser à Owens Park, allez savoir pourquoi…

Sa mère nous attend à Bangor, où il fait à peu près le même temps qu’à Manchester ce soir, mais en pire : une grosse pluie et un vent à décorner les bœufs, qui vous enlève l’idée même d’ouvrir votre parapluie. « Nice to meet you », et puis on monte dans la voiture. Et là, je ne comprends absolument rien de ce que se disent Laura et sa mère. Je veux dire, ça arrive souvent que je comprenne pas grand chose d’une conversation en Anglais, mais là, je ne saisis pas un traître mot. Mais j’ai une bonne excuse, puisque Laura et sa mère ne parlent pas Anglais, mais Gallois, ce qui n’a strictement rien à voir. Rien à voir avec le Catalan et le Castillan par exemple, qui sont très différents mais où l’on retrouve tout de même pas mal de similitudes, si je ne m’abuse. Là non, il y a beaucoup de sons qui n’existent même pas en tant que tels en Anglais, des trucs bizarres que l’on fait en plaçant sa langue en haut du palais collée sur les dents de devant, ou qui viennent plutôt de la gorge, etc. Ca ressemble pas mal au Breton apparemment. Au moins, c’est dépaysant. Laura voudrait me montrer l’Université de Bangor, le port, un château, mais c’est définitivement une nuit très noire, et l’on ne voit pas plus que dans le train où l’on ne voyait déjà pas la mer que l’on longeait pourtant à quelques mètres de distance. Que je me souvienne ce que l’on a fait le vendredi soir…pas grand chose en fait, un dîner vite fait, puis discussion et télé. J’ai vraiment du mal avec les séries américaines, je crois que je préfère largement l’accent – que dis-je, la langue – anglaise (qui n’a rien à voir avec cette sous-langue utilisée par les Américains et leur accent de merde, pour vous résumer la pensée ambiante à ce sujet). Petite remarque en passant sur la télé britannique : sur certaines chaînes, pas celles de la BBC évidemment, il peut y avoir une coupure de publicité environ toutes les 20 minutes dans un film. J’emprunte la chambre du grand frère de Laura (Owen), qui a récemment terminé ses études de dentiste à l’Université de Manchester. On peut d’ailleurs voir une photo du jour de la remise des diplômes sur le buffet du salon, avec robe, chapeau carré et tout et tout. Dans la chambre, une de ces lampes en forme de fusée, avec du liquide coloré à l’intérieur, qui fait des sortes de bulles à mesure que la lampe chauffe…le genre de cadeau qui sort de ces boutiques à gadgets (celles dont on ne peut s’empêcher de rentrer, même si l’on y trouve exactement les mêmes choses à Manchester qu’à Toulouse), et dont on ne sait trop que faire une fois que l’on est lassés des bulles… Laura, si tu me lis, je plaisante, car moi, j’aurais adoré avoir cette lampe quand j’étais petit ! Mais je m’égare, comme d’habitude, vous pouvez passer… En tout cas, un super lit, avec un super matelas, et un super sommier. Bref, j’ai mieux dormi que dans mon lit d’Owens Park, lit dont le sommier se résume à…une planche.

Comme j’avais fait l’erreur de dire la veille à ses parents que j’appréciais beaucoup le breakfast traditionnel à Owens Park, on a eu droit à un vrai petit dèj’ britannique, avec œufs au plat et bacon… Enfin, je dis « erreur » car j’étais gêné que ses parents cuisinent pour moi, mais ce fut très appréciable. Puis l’on est descendus au village avec Laura dans la matinée. Et j’ai enfin pu voir à quoi ressemblait l’environnement local, et j’ai été très agréablement surpris. Depuis la maison même (cf. album photo), on a une superbe vue sur les montagnes, dont je ne suis pas certain qu’elle fassent officiellement partie du parc national de Snowdonia, mais elles n’en sont pas loin en tout cas. On est aussi face à une carrière d’ardoises, qui heureusement ne défigure pas trop le paysage, et dont l’activité, d’après ce que j’ai compris est aujourd’hui moindre car les Espagnols sont moins chers. Donc, merci Jérémie…mais si, de près ou de loin, tu dois bien être un peu responsable, non ? Tous les soirs, coucher de soleil gratuit. Et ça, ça fait partie des choses qui ne s’achètent pas, comme dirait Mastercard. Le trajet vers le village est tout à fait charmant, des petits sentiers en forte pente, pavés, et bordés de maisonnettes toutes aussi charmantes. C’est vraiment agréable de se retrouver dans un vrai, bon vieux village. Je vais pas la jouer 13 heures de Pernaut (non, vraiment, sans façon) à la sauce galloise, même s’il y’aurait certainement beaucoup de choses à dire sur le boucher du coin (dont le mouton est excellent, soit dit en passant), ou sur la fermeture du dernier bar tabac, qui constituait un lien social important pour le village, etc. Mais ça fait plaisir de voir un peu de campagne, et de vraie vie, avec des vrais gens, pas que des étudiants. On est rentrés en passant par des bois, ceux apparemment où les jeunes font parfois du camping pour pouvoir fumer et boire des bières en cachette de leurs parents. Le sol était très glissant, mais ce n’est pas moi qui me suis retrouvé sur le cul, pour une fois ! On est vraiment à des lieues (ou des miles) de l’air saturé de particules toxiques de MagicBus. On respire, c’est trop bon.

L’après-midi, comme un week-end c’est très court, le plus rationnel d’un point de vue touristique était de se livrer à une expérience de touriste japonais. Effectivement, c’était parfait pour moi, d’autant plus que je n’ai absolument pas les chaussures adéquates pour m’adonner aux joies de la randonnée pédestre. Donc les parents de Laura m’ont promené en voiture, à travers le parc national de Snowdonia. Je n’ai pas vu le sommet de Snowdon, point culminant du Pays de Galles (1.085 m), à cause des nuages (j’en vois qui rigolent là !). Je ne vais pas vous faire les commentaires auxquels aurait eu droit un vrai Japonais dans son bus, ce serait trop imprécis pour être intéressant, et les photos valent mieux qu’un long discours. En vrac, j’ai vu des moutons bleus, une méga-centrale hydroélectrique, un beau château, deux des ponts que l’on voit sur les billets de Livre Sterling, le village qui a semble-t-il le nom le plus long du monde, et d’autres choses intéressantes que j’oublie certainement. Rectification, je viens de jeter un œil sur Internet, et…vraiment, y’a des gens qui ont de drôles de passions, et qui ont contribué à la rédaction d’un article « Noms de lieux les plus longs » sur Wikipédia, dont il ressort que le nom dont je vous parle est précisément le plus long nom d’une ville européenne. Faut pas rigoler avec ces choses-là. Pour info, le nom en question, de 58 lettres, est Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch. N’essayez pas de le prononcer, à moins que vous ne maîtrisiez le Gallois. Laura, elle, sait le dire, évidemment puisque sa langue maternelle c’est le Gallois. Ca prend environ 5 secondes à prononcer quand même. Stupéfiant, innit ? Il faudrait ici que je vous parle du Gallois. Mais je n’aime pas « diffuser » (à petite échelle, certes, mais tout de même) des choses trop approximatives, et j’ai en même temps la flemme de chercher pour vous sur Internet, ce que vous pourriez trouver sans problème si cela vous intéressait. En gros, tout de même, d’après ce que j’ai vu, ça n’a bien sûr rien à voir avec nos langues régionales en France (je fais du franco-centrisme, mais c’est inévitable, que voulez-vous…). Beaucoup plus de gens le parlent quotidiennement, il y a partout un double affichage, des programmes de télévision et radio en Gallois, etc. De ce côté là, j’imagine que le Gallois est un peu aux Britanniques ce que le Catalan est aux Espagnols, une langue parmi d’autres. Enfin avec beaucoup de nuances certainement, des grosses même. Je ne connais pas le statut officiel, ni la proportion de personnes qui le parlent au Pays de Galles, etc. Tout ça pour dire que c’est une vraie langue, qu’ils défendent une certaine autonomie par rapport au Royaume-Uni, et que ça n’a rien à voir, donc, avec nos langues régionales telles qu’elles existent aujourd’hui en France. Au grand désespoir du Partit occitan, notamment…

Le soir, sortie avec deux copines de Laura (je sais, je ne m’entoure que de filles… heureusement, Perrine n’est pas trop jalouse, merci). On commence par aller manger à Varsity, un bar qui fait partie d’une chaîne je pense, avec supporters gallois déchaînés malgré la déculottée de leur équipe de rugby face aux All Blacks sur grand écran. Le son combiné des supporters alcoolisés et des commentaires des présentateurs à fond fait que je ne comprends absolument rien de la conversation, mais c’est pas grave, j’ai à manger et j’ai faim. Puis direction le Fat Cat, deux rues plus loin, où j’ai fait quelque-chose que je n’avais jamais fait de ma vie. Mais quoi donc, trépignez-vous d’impatience ? Non, je n’ai pas bu six bières en dix secondes (je ne dis pas ça tout à fait au hasard…y’a vraiment des blaireaux), ni dansé tout nu sur une table du bar (vous auriez bien aimé, je sais…), mais j’ai commandé un cocktail. Jusqu’alors, dans ma tête, un cocktail, ce n’était pas pour moi. Peut-être que Bourdieu (j’en parle seulement pour caser, très habilement n’est-ce pas, le fait que j’ai vu écrit « Bourdieux » sur un tableau blanc d’une salle de TD, blasphème !) y trouverait un signe d’intériorisation de classe sociale ou quelque-chose comme ça, toujours est-il qu’il ne m’était jamais venu à l’idée de commander un cocktail. J’ai donc fait une exception, car de quoi aurais-je eu l’air avec mon demi (déjà, c’est plus qu’osé de ma part de commander parfois des demis ici…) au milieu de trois superbes cocktails. Un « French Martini » plus tard, ma vie n’avait pas changé, mais j’avais dépensé £5,25 tout de même. Enfin, sans regret, il aurait bien fallu le faire un jour, et autant profiter de la parenthèse Erasmus pour ce genre de « folie » (au moins). Puis direction un autre bar, avec grands écrans diffusant des clips de musique jeune à fond, je ne comprends toujours rien à la conversation, qui se résume maintenant à crier très fort dans l’oreille de ton voisin – pas pratique si tu dois faire répéter trois fois. Je me rends compte que dans ce genre de situation, ma compréhension orale n’a pas évolué d’un poil depuis ma première excursion dans un bar de Manchester… Je manque définitivement d’entraînement dans ce domaine par rapport à la moyenne érasmusienne. Ce qui était le plus marrant dans ce bar, c’était les toilettes. Comme quoi, la vie réserve parfois des surprises. En même temps que vous libériez de l’espace pour les bières suivantes (je ne dis pas ça pour moi bien sûr, je suis raisonnable, moi), vous pouviez lire sur une pancarte en face de vous, les chiffres d’un tableau à trois colonnes. Dans la première, les prix des consos dans ce bar, dans les deux autres les prix des concurrents (le Fat Cat et Varsity). Bel exemple de pragmatisme à l’anglaise, non ? Je pense que J.-L. G.1 applaudirait des deux mains pareille initiative, permettant de se rapprocher de la sain(t)e concurrence pure et parfaite, en réalisant la condition de transparence, d’information parfaite… Par information, il faut entendre prix, car il n’y a que ça de vrai dans un modèle néo-libéral. Mais tout le monde sait depuis sa première année d’IEP et monsieur Vicente, que ce modèle n’est que pure imagination… Car dans la réalité, la concurrence est toujours imparfaite. L’atomicité existe-t-elle avec trois producteurs (trois bars en l’occurrence) ? Non. La mobilité géographique s’effectue-t-elle sans coût ? Certainement pas, car marcher dans le froid est la pluie a un coût d’opportunité non négligeable. Peut-on considérer que le consommateur alcoolisé est vraiment en capacité d’opérer un choix rationnel à partir de ses préférences ? J’en doute. Le phénomène de captivité, à partir de quelques verres, joue à plein à mon avis. Ce même consommateur est-il libre de sortir du marché ? Ca se saurait. Et Vendredi aime-t-il la bière ? …

Bonne soirée, donc, même si je n’ai pas pu participer à la conversation. Etant donné que la soirée commence très tôt ici, à 22h30 on a l’impression qu’il est 3 heures du mat’. On rentre en bus, me dit Laura. Ah bon ? Y’a encore des bus à 22h30 ? Eh bien oui, figurez-vous, et pas dans une ville immense, loin de là (13.500 habitants, plus 8.000 étudiants). Donc ce soir là, mes préjugés sur l’efficacité des services publics assurés par des compagnies privées (Arriva, en l’occurrence) en ont pris un coup. On a pu rentrer au petit village où habite Laura en bus, pour pas très cher. Scénario impossible en France à ce que je sache. A Toulouse, les derniers bus sont vers 1 heure du matin. A Manchester, ville de taille comparable, ils fonctionnent toute la nuit. Et l’on peut revenir de sa soirée de Bangor en bus…je pense que de mon vivant, je ne pourrai jamais, si je le voulais, rentrer d’une soirée de Rieumes à Bérat (si vous ne connaissez pas, c’est normal, mais c’est une situation comparable) en bus. Et la ligne que l’on a prise ce soir-là était une parmi d’autres. On est passés dans des coins vraiment pommés, la campagne profonde. C’était même sur-réaliste lorsque le bus s’est arrêté au milieu de nulle part, et qu’un vieillard est monté, saluant ses amis en Gallois déjà présents dans le bus, comme une habitude apparemment. Je ne sais pas ce qu’il faisait là à cette heure tardive, mais ça veut dire que des personnes âgées qui n’ont pas de voiture, ont le droit de se retrouver au pub (ou ailleurs, c’est un exemple) une fois par semaine (ou plus, que sais-je…) sans l’aide de personne. Si c’est pas du service public et du lien social ça, qu’est-ce que c’est ? Evidemment, j’imagine que cela implique que la commune (ou un organisme public en tout cas) subventionne l’opérateur privé, car je doute que ce type de ligne soit rentable autrement. En attendant, là-bas, ça existe. Et Laura m’a dit que ce n’était pas une exception. Vraiment, ça m’a surpris, dans le bon sens du terme. Tant qu’on est dans la chasse aux prénotions, au Pays de Galles, les étudiants ne paient pas les frais comme en Angleterre. L’enseignement fait partie des prérogatives déléguées en partie aux nations du Royaume-Uni. Différence notable, donc. Même si beaucoup, comme Laura, préfèrent aller à Manchester par exemple, université et ville bien plus grandes, quitte à s’endetter et à avoir un petit boulot en plus des études.

Le dimanche, encore de la vraie vie, puisqu’on est allés chercher la grand-mère de Laura, à quelques miles de là. Elle vit seule dans sa ferme au milieu des champs et des moutons, sans voiture, mais n’a pas l’air de s’en plaindre, d’autant que sa famille est très proche. Quel bonheur de rentrer dans une vraie maison encore une fois, avec une cheminée, du matériel pour tricoter et un gros chat sur le canapé, … C’était l’anniversaire de beaucoup de monde en ce moment (dont le mien, mais encore une fois, j’aurais mieux fait de me taire), donc on a eu droit à un super bon repas, et je ne dis pas ça au cas où Laura me lirait ! La cuisine britannique peut-être vraiment bonne. Rôti, légumes rôtis également, sauce à la menthe en accompagnement (enfin !)…et foie gras en entrée, que j’avais commandé sur Internet pour l’occasion. Il n’a pas fait l’unanimité, puisque le père de Laura a osé dire que le foie gras, c’était « rubbish », ce que nous ne pouvons pas comprendre, mais il faut accepter que nos goûts ne soient pas universels…

Retour en train dans l’après-midi, où nous ferons une partie du voyage avec une cousine de Laura (décidément, que de vrais gens ce week-end…) rencontrée par hasard à la gare de Bangor. Et j’aurai enfin pu voir la mer que l’on longeait, et ça valait le coup d’attendre ! Excellent week-end donc, et dimanche soir déprimant, évidemment. Je déteste les dimanches soirs, comme beaucoup d’entre nous je suppose…en ce qui me concerne je pense que c’est en partie dû à des souvenirs d’enfance, lorsque j’ouvrais mon cahier de texte pour la première fois du week-end le dimanche soir (et oui, à l’époque déjà, j’étais un procrastinateur !) et me rendais compte que j’avais une poésie à apprendre pour le lendemain. Horreur. Enfin voilà, après avoir été si bien accueilli (Laura, once again, many thanks!) c’est dur de retrouver sa petite chambre solitaire… Et de se dire qu’on a une dissertation de 3.000 mots pas commencée pour dans une semaine.

 

Bon, je crois que je ne vais pas en rajouter, j’ai été assez long comme ça me semble-t-il. Merci maman pour le Sauternes et le foie gras (c’est exceptionnel, rassurez-vous !), les britanniques font moins la fine bouche avec le vin que le foie gras, bizarrement. Avec Caroline (une Toulousaine à Manchester), on s’est regardés un sourire en coin en voyant la quantité que l’un des amis de ses colocs se servait… Comme un whisky coca ! Non mais, un peu de respect pour le produit, merde !

Et merci encore à tous pour m'avoir souhaité mon anniversaire...mes excuses à celles ou ceux que j'ai moi-même oubliés, honte à moi !



1. Pour les non-IEPiens, professeur d’économie, illustre s’il en est, et non moins libéral.

Par Charlie - Publié dans : charliethefrog
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Mercredi 22 novembre 2006

Toutes les raisons sont bonnes en ce moment pour éviter de commencer mes essays. J’en ai pourtant quatre de 3.000 mots chacun à rendre, la première deadline étant le 4 décembre (ouch !). Mais je ne recule devant rien pour repousser toujours un peu plus l’échéance…et mercredi 15, j’avais une bonne raison, puisqu’en tant qu’étudiant en Sciences politiques, je ne pouvais passer à côté du General meeting du Students’ Union. Depuis une semaine, les affiches annonçant l’événement se multipliaient, tout comme les stands d’information, et une banderole géante était déployée sur la façade du bâtiment dudit syndicat des étudiants. Tout ce tapage car il faut réunir un quorum de 300 personnes pour que les votes soient valables.

 

Avec un quart d’heure d’avance, je pointe mon nez dans le bâtiment…Je l’ai déjà dit, mais le bâtiment a à peu près les mêmes proportions que l’IEP de Toulouse, du moins celles de l’aile qui fait office de façade, et qui abrite les amphis Jaurès et Montesquieu, et les fameux escaliers où l’on dispose des plantes vertes quand un ministre daigne venir faire une apparition au 2ter rue des Puits creusés. Selon le site de l’Université, ce serait le plus grand syndicat étudiant du Royaume-Uni, mais je me méfie tout de même car à les écouter, et concurrence inter-universitaire oblige, ils sont évidemment les plus grands et les plus forts dans tous les domaines à l’Université de Manchester ! Tant que je suis sur la page « Facts and figures » du site Internet, je vois que les différentes bibliothèques du campus proposent 3,5 millions de livres…difficile à se représenter, mais ça je veux bien le croire ! Et en ce qui concerne les étudiants internationaux, la Chine fournit de loin le plus gros des troupes (1.389 étudiants) suivis par la Malaisie (420). Les Français arrivent en 7ème position, mais je ne sais pas si ces chiffres prennent en compte les étudiants internationaux qui passent leur diplôme ici, ou si ça englobe aussi les échanges de type Erasmus…

 

Je ne sais pas exactement où se trouve la salle de la réunion, et j’ai la flemme de demander, alors je tourne en rond. Ou en spirale, car il y a des escaliers en colimaçon. Escaliers que je déteste d’ailleurs, car ils se résument à une structure métallique avec des trous partout, des boulons et des câbles métalliques qui donnent une certaine souplesse à la structure…Ils sont étroits, et il n’est pas évident de s’y croiser, surtout que j’essaie de ne pas toucher la rampe à pleine main (je sais, c’est ridicule…mais ça ressemble à ces barres dans le métro, toutes glissantes de gras et chaudes aux heures de pointe, et j’aime pas ça, même si ça peut paraître très snobinard). Sans compter que j’ai le vertige. Bon, je ne suis pas non plus tétanisé en grimpant au deuxième étage, mais pas à l’aise sur ces escaliers à claire-voie, hélocoïdaux, et mouvants . J’en connais une qui s’est bien marrée (gnark gnark gnark) cet été à Barcelone, dans les escaliers – en colimaçon ceux-là aussi – de la Sagrada Familia, alors que moi, je n’en menais pas large. Bref, je tourne en rond, en haut, en bas...Je passe par la boutique, devant l’opticien, l’assureur (nous sommes bien dans le bâtiment du syndicat des étudiants), le bar, les bureaux et panneaux d’affichage des diverses associations (écolos, French society, associations humanitaires, etc.), les salles de concert…Et je reviens à l’accueil, où je décide de suivre la première personne qui rentre avec un pas un peu décidé. Ce qui me mène finalement à la salle de l’assemblée générale, où je pénètre après avoir montré patte blanche (ma carte d’étudiant). Il est 1.25pm, nous sommes à cinq minutes de l’heure indiquée sur le tract, et la salle est pour le moins clairsemée…nous sommes une vingtaine tout au plus à occuper quelques-uns des 300 sièges prévus pour l’occasion. Il y a une table sur la scène, devant des chaises désespérément vides. Là je me dis que je vais devoir trouver un autre alibi pour ne pas bosser cet après-midi. On ne sera jamais 300 et ça va tomber à l’eau…

Mais non, les gens arrivent peu à peu, et très vite la salle se remplit, à tel point que beaucoup doivent se contenter de rester debout sur les côtés et dans le fond. Petite parenthèse pour dire que le cliché selon lequel les Anglais sont très pointilleux sur les horaires n’est pas totalement faux, mais pas flagrant non plus. Beaucoup d’étudiants arrivent en retard en cours (comme en France donc, hein Manu ?! Non je sais, c’est mesquin, mais je ne me permettrais pas cette basse attaque si ça ne m’arrivait pas aussi souvent…Et puis quelle idée de faire la soirée quizz au Mulligans le mardi ?) et les profs ne réagissent pas plus qu’en prenant un air un peu sévère, même pas outré (rien à voir avec une Espagno pour les IEPiens). Cependant, les profs eux, commencent leurs cours à l’heure exacte. Avant de refermer la parenthèse « clichés » sur les Anglais, celui selon lequel ils sont très bien disciplinés pour faire la queue n’est pas totalement infondé non plus…Dans les magasins, devant les distributeurs de billet, à la BU, etc. ça marche très bien, et c’est appréciable d’ailleurs. Pour prendre le bus c’est parfois un peu plus confus, mais ce n’est jamais la cohue et personne ou presque n’essaie de vous passer devant. Je m’égare, fermons la parenthèse.

 

Je ne peux pas me permettre de comparer le fonctionnement de l’AG à celui d’une AG d’étudiants en France, puisque les seules auxquelles j’ai assisté avaient lieu pendant le mouvement anti-CPE…ce qui n’est sûrement pas représentatif d’une AG « normale ». Et l’Arsenal n’est certainement pas la meilleure fac pour avoir de bon échantillons de ce genre de pratique ! Mais peut-être qu’un lecteur de l’Université du Mirail pourra nous renseigner d’avantage… Ici, l’AG avait un agenda, mais ne s’inscrivait pas dans un mouvement social précis. Et donc je trouve qu’il y avait finalement pas mal de monde : entre 300 et 600 personnes, même s’il faut beaucoup relativiser par rapport au nombre total d’étudiants de l’Université... Oui, c’est un peu large comme fourchette, mais on a l’habitude de ces grands écarts dans les médias, et au moins je suis sûr de ne pas me tromper !

L’agenda se composait de quatre « motions » sur lesquelles l’assemblée devait se prononcer (voter). La première motion concernait le don de sang, et plus particulièrement l’interdiction actuellement en vigueur, faite aux personnes homosexuelles, de faire don du leur. La motion est presque aussi bien structurée qu’une décision des sages – dont Chirac fera peut-être partie bientôt (!) – du Conseil Constitutionnel : 1/ Ce syndicat constate ; 2/ Ce syndicat pense ; 3/ Ce syndicat décide. Je vous fait une traduction partielle de cette première motion :

 

« CE SYNDICAT CONSTATE

1/ Le Service National du Sang du Royaume-Uni demande aux MSM  (hommes qui ont eu des rapports sexuels avec des hommes [Men who have had Sex with Men]) de ne pas donner de sang, et ce durant toute leur vie.

2/ …

3/ Les femmes qui suspectent qu’elle ont pu avoir des rapports sexuels avec un tel homme sont également interdites de donner leur sang.

4/ Les Directives du Service des Transfusions et du Sang du Royaume-Uni déclarent que : « Nous demandons aux hommes gays de ne pas donner de sang parce-que les hommes gays, en tant que groupe, sont connus pour avoir un risque accru d’avoir le VIH ainsi que plusieurs autres infections sexuellement transmissible (IST), beaucoup d’entre elles étant transportées par le sang ».

5/ Cependant, elles déclarent aussi : « Ce sont des comportements spécifiques, plutôt que le fait d’être gay, qui placent les hommes homosexuels à un niveau de risque accru d’infection par le VIH. Si des relations sexuelles plus sûres éloignent la plupart des hommes gays du risque d’infection, la recherche montre cependant qu’autoriser les hommes gays en tant que groupe à donner du sang augmenterait le risque de présence de sang infecté par le VIH ».

6/ Les critères actuels du Service National du Sang sont basés sur des décisions et des arguments datant des années 80 qui n’ont pas été réexaminés depuis.

CE SYNDICAT PENSE

1/ Que la politique du Service National du Sang est injustement discriminative et présume que tous les hommes gays et bi-sexuels appartiennent à un groupe à hauts risques, quand des personnes hétérosexuelles qui s’adonnent à des activités sexuelles à hauts risques similaires, ne se voient pas interdites de don de sang toute leur vie.

2/ Que même si certains gays et bi-sexuels feraient partie d’une catégorie à hauts risques, beaucoup n’en font pas partie. La citation ci-dessus (Ce syndicat constate 5) admet même que c’est le cas.

3/ Il y a beaucoup d’hommes gays et bi-sexuels qui pourraient ou voudraient donner du sang mais qui en sont empêchés, ce qui semble injustifiable quand on sait que le Service National du Sang a besoin en permanence de produits sanguins.

4/ Il serait normal que la politique du Service National du Sang soit entièrement réexaminée plus de vingt ans après son élaboration.

CE SYNDICAT DECIDE 

1/ De supporter la campagne syndicale étudiante nationale « Don et pas discrimination », pour la révision des critères de sélection des donneurs du Service National du Sang.

2/ [Idem au niveau de l’Université de Manchester]

3/ D’encourager activement tous les étudiants qui le peuvent à donner ou à continuer de donner du sang.

Chaque motion est soutenue par son proposer (évidemment) et par un seconder. Les deux viennent à la tribune exposer leurs arguments et expliquer pourquoi il faut donc voter pour cette motion. A chaque fois, on appelle aussi à la tribune quelqu’un contre la proposition. En l’occurrence, il n’y avait pas d’opposants déclarés. L’organisation de l’AG à proprement parler est assez sérieuse. Il y a un président, que nous n’avons pas élu au début de la réunion, donc je ne sais pas sur quelle base il est désigné ; son rôle est, d’après ce que j’ai vu, d’octroyer la parole aux étudiants, et de faire respecter les temps de parole. A côté de lui, il y avait deux personnes, un homme et une femme, beaucoup plus âgés que la moyenne de la salle, qui étaient je suppose des secrétaires. Le président les consultaient parfois hors micro, peut-être sont-ils des spécialistes des règles de ce type d’assemblée…toujours est-il qu’ils semblent habitués à ce rôle. Mais le point précis sur lequel l’organisation est carrément top-niveau, ce sont les compteurs officiels. Quatre ou cinq adultes en costard (je veux dire par là extérieurs à l’assemblée, indépendants) qui passent à travers les rangs lors des votes à main levée avec leurs petits calepins, puis délivrent le résultat de leur comptage au président après un court conciliabule. Ca a une autre gueule que les étudiants choisis dans l’assemblée à la va-vite au milieu d’un brouhaha général. Peut-être n’est-ce pas plus précis (même si au fond je pense que si) qu’un comptage à l’arrache, mais ça donne au moins l’apparence de la justice, ce qui est aussi important.

Pour cette première motion, aucune voix contre, quatre abstentions. Personnellement je n’ai pas voté, j’étais un « NPPV » (« ne prend pas part au vote » pour les non-initiés) même si cette catégorie n’existait pas ici. J’estime qu’en tant qu’Erasmus faisant un passage éclair dans cette université, je n’ai pas vraiment de légitimité pour me prononcer sur ces sujets qui engagent la position des étudiants de l’Université de Manchester…Je ne suis donc qu’un observateur, ce qui ne plait pas à tout le monde faut-il croire ! En effet, un type qui se révèlera plus tard être un grand excité, casquette vert olive à la Fidel Castro vissée sur la tête, m’interpelle et m’incite à lever la main pour le vote sur la deuxième motion. Ca l’énerve. Comment ? On voudrait faire pression sur ma personne et tenter d’influencer mon vote ? Mon sang n’a fait qu’un tour, je me suis levé et je lui ai mis un gros coup de boule dans la poitrine, à la Zizou. Non, j’déconne. Et de toute façon personne ne m’aura cru, je sais que je suis pas crédible dans ce rôle (pfeu)… Je l’ai laissé parlé, et j’ai très vite abandonné ma tentative d’explication, car même si mon Anglais avait été meilleur, il n’aurait rien voulu entendre.

 

Le grain de sable dans cette organisation si bien huilée, ces interventions très policées et ces discussions jusqu’alors très consensuelles dans l’assemblée, est venu d’une motion intitulée Tackling the racist backlash, la réaction raciste en question faisant écho aux attentats du 11 septembre 2001 et à une certaine islamophobie qui peut résulter d’une interprétation ultra-simpliste de l’événement. Le sujet est en effet d’actualité au Royaume-Uni, la presse évoquant des affaires de port du voile contesté dans des établissements scolaires, etc. De plus, la menace terroriste en Grande-Bretagne est en ce moment très élevée si l’on en croit la directrice générale des services du renseignement intérieur, qui n’hésite pas à parler de 1.600 personnes au sein de 200 groupes terroristes qui menaceraient l’Angleterre1. Et donc, même si ça n’a pas de rapport direct, ce genre de propos peut alimenter une certaine tension, voire un racisme dont peuvent être victimes les Musulmans. Je sens que je marche sur des œufs dans ce genre de domaine que je ne maîtrise absolument pas, alors même si j’essaie de faire attention à ce que j’écris à 1h00 du matin, n’hésitez pas à me reprendre en commentaire si je dis des conneries. Ce sentiment d’exclusion trouve encore une raison d’être dans l’actualité récente, The Guardian ayant divulgué un document du ministère de l’Education demandant aux personnels des universités de surveiller particulièrement les étudiants « de type » asiatique ou musulman, certaines associations étudiantes pouvant abriter des organisations radicales, des cellules de recrutement de terroristes ou que sais-je encore. Là encore, je vous rapporte ce que j’ai vaguement entendu et compris, mais il faudrait vérifier de quoi il s’agit précisément, ce dont j’ai la flemme pour être honnête.

Toujours est-il que cette motion, et plus particulièrement un de ces amendements, a suscité un vif débat dans l’assemblée. L’amendement, pour résumer brièvement et inexactement encore une fois, portait sur le fait de refuser, au sein du syndicat étudiant, le droit « d’avoir une plate-forme », c’est à dire d’exister en tant que tel et de s’exprimer librement, à tous les groupes prônant la discrimination et constituant une menace pour les étudiants, ou bien seulement à des organisations déjà considérées comme fascistes telles que le BNP (British National Party, extrême droite). Je vous avoue que je n’ai pas saisi toutes les subtilités du débat, qui devait être très intéressant du reste pour ceux qui le comprenaient. En tout cas, après plusieurs votes, dont certains pour savoir si l’on devait continuer à débattre ou bien passer au vote (cette fois je retrouvais le foutoir de certaines AG sur le CPE), et d’autres qui nécessitaient de s’asseoir d’un côté ou de l’autre de la salle pour faciliter le comptage des voix, on assistait à un fractionnement visible de la salle en différents groupes. Le plus visible étant celui d’étudiants musulmans ; j’en fais du moins l’hypothèse, au vu des habits, de la sur-représentation des hommes à la barbe proéminente, et des femmes voilées, parfois intégralement. Et ça va paraître encore une fois très caricatural, mais c’est bien ce à quoi j’ai assisté : ce groupe soutenait une position opposée sur l’amendement en question, opposée notamment à une autre partie de la salle dont les intervenants qui prenaient la parole se déclaraient eux-mêmes comme étant juifs sans que personne ne leur demande. Un peu tendu comme ambiance parfois. J’ai trouvé une intervention marrante, celle d’un étudiant qui a pris la parole en commençant par se dire, lui-aussi, membre d’une minorité dans cette salle…puisqu’il était conservateur, ce qui a déclenché un mélange de huées et de rires. La question que je me pose après avoir assisté à cette réunion, c’est de savoir si ce type d’AG existe aussi en France, et rassemble proportionnellement autant de monde. Je pense que oui, mais sûrement pas à l’IEP, et encore moins à l’Arsenal (fac de Sciences sociales, et accessoirement de Droit(e) pour ceux qui ne connaîtraient pas). Disons que c’est allé un peu à l’encontre de l’image de l’étudiant moyen anglais à laquelle je suis confronté ici la plupart du temps, à savoir le première année (ou fresher, ça fait plus cool) qui n’en fout pas une, qui se bourre la gueule tous les soirs ou presque (en mini-mini jupe pour les filles de préférence), et qui trouve drôle de déclencher les alarmes anti-incendie en pleine nuit. Bref, pas celle d’un étudiant doué d’un minimum de conscience politique, capable de débattre sur des sujets intéressants, etc. J’ai donc été agréablement surpris.

 

Mais le principal dans tout ça, c’est qu’à la fin du vote, l’objectif premier ait été atteint : il faisait déjà nuit, et je n’avais toujours pas commencé un seul de mes essays.

   

Sans transition et pour finir, samedi j’ai enfin vécu ce qui ressemble certainement à la soirée idéal-typique d’un étudiant Erasmus. Enfin sans le passage par la case boîte, ce qui ne m’a pas dérangé. C’était chez Hugo (un IEPien grenoblois) et ses colocs, et ce fût plus que sympathique comme soirée internationale. La ressemblance avec une scène de L’Auberge espagnole était même frappante. Certes au lieu d’une place de Barcelone, nous étions assis devant la porte du 68, Landcross Street, une rue qui se résume à une succession de maisons toutes plus identiques les unes que les autres2, dans le froid humide de Manchester. Et même si ce n’était pas No woman no cry nous écoutions un guitariste amateur. Il était russe, et il jouait les classiques des Beatles, que nous reprenions en coeur et en yaourt pour certains dont moi (pas à cause de l'alcool, mais parce-que ma connaissance des paroles se limite souvent à celle des refrains...). Ridicule avec le recul, mais très agréable dans le feu de l'action dira-t-on. A un moment, j’ai même endossé le rôle du petit frère de Wendy dans cette même scène, pour ceux qui se souviennent…



1. Et si vous n’avez pas encore assez peur pour moi, elle a même évoqué la possibilité d’utilisation, « demain »,  d’agents chimiques et bactériologiques, de matériaux radioactifs, voire de technologie nucléaire. Gloups.

2. Je sais que c’est faux, mais appelons ça une licence poétique. Plus honnêtement, à l’heure qu’il est, je ne trouve plus le courage de faire des phrases correctes.

Par Charlie - Publié dans : charliethefrog
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Vendredi 10 novembre 2006

Si ce blog avait des catégories, cet article serait dans la rubrique cinéma. Mais bon, je ne vais pas revenir sur cette non-organisation originelle, maintenant c’est trop tard. Et puis comme ça je peux digresser sans retenue !

Mercredi soir, je suis donc allé au cinéma avec des amis allemands Beate, Martin, et Martin. Pauline, j’ai pensé à toi et à ton article sur le patio Olmos, car le cinéma AMC Great Northern a je pense beaucoup de points communs avec ce non-lieu que tu nous as décrit.

Ce n'est pas une image du film, mais j'aime bien le maillot de bain (de Borat, bien entendu)

Borat, si vous n’en avez pas encore entendu parler, cela ne saurait tarder, et ce quelque soit le pays où vous résidez en ce moment (je pense). Le dispositif marketing déployé m’a l’air assez énorme, et le film fait déjà un carton au box-office américain. Le pitch : un journaliste du Kazakhstan est envoyé par son pays aux Etats-Unis pour faire y faire un reportage. Le scénario (si l’on peut parler de scénario) est donc construit autour du road trip de Borat et son collègue, de New-York jusqu’en Californie, où Borat veut rencontrer Paméla Anderson dont il est tombé amoureux suite à la vision d’un épisode de Baywatch (Alerte à Malibu en VF). Jusque-là, on pourrait croire qu’il s’agit encore d’un énième navet américain pour adolescent en pleine... adolescence. Et effectivement, pour certains – comme Beate – ce film ne vaut pas un clou. Moi ça m’a bien fait marrer, parfois jusqu’au fou rire même. C’est de l’humour bien lourd, bien gras, mais c’est tellement du second degré (bien fait) que c’est souvent très drôle. Pour préciser encore le type d’humour à l’œuvre dans ce film, signalons qu’il a remporté l’Amphore d’or du Festival du film grolandais (à Quend-Plage-les-Pins). Allez seulement voir la page d’accueil du site Internet : plus kitsch que ça tu meurs.

C’est vraiment parfait pour se vider le cerveau. Et ce qui était pas mal aussi c’est que j’ai compris sans peine, puisque Borat (Sacha Baron Cohen, un comique britannique) a un Anglais absolument infâme (l’accent, mais pas seulement). Je vous le conseille en VO si vous allez le voir.

Bizarrement, le Kazakhstan n’a pas apprécié l’image du pays véhiculée par le film…Toujours est-il que l’on parle du Kazakhstan, c’est déjà pas mal, non ?! Et les Etats-Unis en prennent aussi pour leur grade, d’autant plus que si j’ai bien compris, beaucoup de scènes sont « véridiques » : Borat joue son rôle de journaliste kazakh et malgré le fait qu’il en fasse des tonnes dans les clichés, beaucoup ne tiquent pas. Un Kazakh, ça ne doit pas savoir comment on utilise les toilettes, etc.

C’est aussi très politiquement incorrect : Borat est antisémite, homophobe, misogyne, …mais c’est tellement gros (dans le village de Borat, on organise des lâchers de Juifs comme on lâche des taureaux dans les rues pour une feria, etc.) que ça ridiculise l’antisémitisme, l’homophobie, la misogynie, etc. En tout cas c’est comme ça que je l’ai compris.

Enfin voilà, je ne prends pas la responsabilité de vous conseiller d’aller le voir car il se peut que vous détestiez et trouviez ce film ridicule, mais personnellement j’ai aimé ! D’ailleurs c’est Beate qui a lancé l’idée d’aller le voir, car on lui avait recommandé, et elle a trouvé ça nul la pauvre.

Ah oui, et ici, le tarif étudiant d’un cinéma normal (je veux dire hypra-commercial quoi) c’est £3,50 donc beaucoup moins cher qu’en France. Ces différences de prix dans ce sens sont assez rares pour mériter d'être signalées ! En plus il me restait des bons promotionnels distribués au début du semestre devant le syndicat étudiant (ici, la pub envahissante et quotidienne devant le syndicat étudiant, cohabitant avec une manifestation pour défendre le droit à l’avortement par exemple, ça ne choque pas du tout…) donc je m’en suis sorti pour £1,75.

 

J’ai rajouté des photos de la semaine dernière (avec Perrine), où nous avons notamment visité Liverpool. D’ailleurs, Ed mon voisin s’est moqué de moi quand je lui ai dit qu’on était allés à Liverpool…apparemment ce n’est pas vraiment THE romantic place to go. Nous on s’est limités à ce que doit voir un touriste, et encore on a même eu la flemme d’aller jusqu’à la cathédrale (honte à nous). Donc nous n'avons pas eu l'occasion de voir ce qui aurait pu être moche ; je ne parle pas de la cathédrale bien sûr ! Evidemment, lui il est londonien donc il dénigre…pfff. Oui, ici je crois que les gens aiment autant les Londoniens qu’à Toulouse les Parisiens (je généralise, bien sûr, c’est du cliché).

 

J’aurais voulu vous parler des feux d’artifice qui ont sévi ici pendant une bonne semaine jusqu’au 5 novembre (Guy Fawkes Night), c’était vraiment impressionnant, plusieurs heures par jour de feux d’artifice publics et particuliers sans discontinuer (je veux dire pas plus de deux secondes entre chaque explosion) dans toute la ville. En gros, et pour expliquer cette tradition historique en Angleterre à peu près dans les mêmes termes (ou du moins dans le même registre) que ceux qu'Edward a utilisés sur msn, on célèbre la nuit du 5 novembre 1605, durant laquelle un type nommé Guy Fawkes – catholique – s’est fait gauler alors qu’il tentait de renverser le royaume – protestant…il s’est fait pendre et écartelé. Bon, j'ai un peu caricaturé, les amoureux de l'Histoire ne m'en tiendront pas rigueur j'espère ! Mais je ne m’étend pas, si vous voulez en savoir plus, allez voir cet article d’un ami de Kiyomi que je ne connais pas plus que par son blog, mais qui a bien raconté l’ambiance de cette tradition. Et le blog dans son ensemble vaut le coup d’ailleurs !

 

Bon, je ne sais pas si je vais avoir le courage à 23h30 de me replonger dans l’analyse des coûts et bénéfices pour la Pologne de son adhésion à l’Union européenne. J’ai une présentation à faire en groupe là-dessus mardi prochain, avec Powerpoint et tout le bordel…Et bien sûr, devinez qui a été désigné comme le « chairman » de notre groupe ? C’est bibi, évidemment. On est quatre, dont un Anglais et deux autres étudiantes internationales qui parlent Anglais mieux que moi, mais non, il fallait que cet immense privilège (« chairman » dans une entreprise, ça veut dire PDG) me tombe dessus. M’enfin…Je pardonne le prof car lors du dernier tutorial il nous a offert des bons biscuits. En tout cas j’ai l’impression d’être super intelligent : c’est pas tous les jours que je me promène avec un bouquin intitulé Socio-economic aspects of Poland’s adjustment towards the E.U. standards dans mon sac.

Par Charlie - Publié dans : charliethefrog
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Jeudi 9 novembre 2006

Grand jeu concours !!! (désormais clos)

La question était :

"What's that thing?"

Récompense : un exemplaire du schmilblick pour le premier qui me donne la bonne réponse (le cachet  électronique du commentaire ou du mail faisant foi).

Le schmilblick était en libre service ce matin à l'entrée d'un bâtiment à la fac. Quand j'ai vu le schmilblick je me suis demandé ce que ça pouvait bien être, donc à votre tour de chercher.

Résultat :

C'est donc Jim, qui, au terme d'une lutte acharnée, a réussi à identifier le schmilblick. Il s'agit en effet d'un "gum pouch" destiné, comme son nom l'indique, à y stocker ses chewing-gums1 usagés, au lieu de les jeter par terre ou de les coller sous les tables des amphis de la fac. Je trouve cet objet d'une inutilité déconcertante. Sérieusement, quel est le type (un marketeux, forcément) qui un jour s'est réveillé avec l'idée d'inventer ce machin affreux ? Tu te vois retirer de ta bouche ton truc mâchouillé (opération délicate s'il en est, car il faut d'abord l'humidifier suffisamment pour ne pas qu'il reste collé aux doigts, ou bien le cracher directement...mais dans tous les cas c'est impossible de garder sa dignité) pour le mettre dans un petit papier et ensuite le conserver dans ta magnifique petite pochette rose ? Moi pas. Je veux dire (c'est 'I mean' qui me vient) quand tu as un chewing-gum, il ne me semble tout de même pas impossible de le jeter ailleurs que sur le trottoir (c'est risquer £50 d'amende d'ailleurs ici) ou de le mettre dans une poubelle avant d'aller en cours...A l'extrême limite, ça peut être utile à la plage, à la montagne, ou dans l'espace...

Figurez-vous que ce truc se vend en plus ! J'imagine que j'ai eu un échantillon commercial, ou alors l'Université en a acheté des lots et les offre à ses étudiants. Remarquez, elle peut bien leur offrir ça, vu ceux qu'ils payent à l'année...

Si vraiment vous n'avez rien d'autre à faire, ou que vous préférez perdre encore cinq minutes avant de vous mettre à (re)travailler, vous pouvez aller visiter le site Internet, où vous trouverez même une notice animée pour savoir comment utiliser votre gum pouch. Pour ceux qui sont si déçus d'avoir perdu, vous pouvez aussi en commander en ligne, génial, non ?

1. Désolé Manu, je ne suis pas sûr non plus de l'orthographe de ce mot au pluriel.

Par Charlie - Publié dans : charliethefrog
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