Certes je suis ici depuis le 6 septembre, mais là je commence vraiment à me sentir chez moi. Les lieux deviennent familiers, des petites habitudes s’installent…même si ce n’est pas encore la routine, je vous rassure. Mais par dessus tout, ce qui me fait sentir en Angleterre encore plus qu’avant, c’est la pluie. Oui, car jusqu’alors elle s’était faite très discrète. J’aurais presque pu me demander si le mauvais temps n’était pas qu’un cliché parmi d’autres. Mais non, ce n’est pas qu’un cliché, ou plutôt c’est un cliché de la réalité. Ici, la pluie peut tomber très fort, et sans prévenir. Si bien que mon beau parapluie Isotoner (merci Annie et Michel !) est mis à rude épreuve. Ouverture, fermeture, test de résistance au vent, secouage avant de rentrer dans la BU, … J’apprécie l’ouverture et la fermeture automatiques, et c’est quand même la classe de dégainer son parapluie à la moindre goutte.
Cette semaine, j’ai deux bonnes raisons de devenir un anti-américain (primaire, pourquoi pas puisque c’est en général l’adjectif qu’on associe à l’expression) : The Road to Guantanamo et An Inconvenient Truth. Je pense que beaucoup de mes amis IEPiens ont vu le premier des deux films, moi je ne l’avais pas vu. Pour la faire courte, ça parle donc de la prison américaine de Guantanamo, à Cuba donc, où les détenus sont maltraités (cages en guise de cellules, humiliations, interrogatoires plus que musclés, …) et sont parfois incarcérés pour des motifs pour le moins douteux, et sans procès. Il faudrait bien sûr faire une critique du film lui-même qui n’est pas non plus objectif, mais nul doute qu’il reflète une part de la réalité. J’ai donc vu ce film qui était projeté dans un amphi de la fac à l’occasion d’une semaine d’événements autour de la guerre en Irak. Le lendemain, comme je n’étais pas encore assez déprimé, je décidai d’accompagner Beate voir An Inconvenient Truth. Une vérité inconvéniente » donc. Ah non ça ne marche pas là. Bon, disons une « vérité qui dérange » alors. Cette vérité, c’est celle dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée ces temps-ci (et tant mieux d’ailleurs) : le réchauffement climatique. On suit donc les conférences du presque-président-des-Etats-Unis Al Gore qui fait une tournée mondiale sur le thème de l’effet de serre et de ces conséquences désastreuses. Je pense être déjà convaincu de la gravité du phénomène (même si je ne fais peut-être pas grand chose pour le combattre personnellement), mais ce film achève les derniers doutes qui pourraient encore subsister chez certains. La démonstration, à grands coups de courbes, de statistiques et de superbes images de glaciers fondus, est implacable. Ce qui m’a un peu dérangé, c’est les solutions proposées. D’abord, elles sont insérées sous forme de petites phrases dans le générique de fin, pas plus. Et puis elles consistent principalement à prendre plus souvent son vélo, acheter des ampoules moins gourmandes en énergie, prier si l’on est croyant, etc. Loin de moi l’idée de dénigrer ces solutions, et encore moins les gens qui les appliquent ! Mais disons que cette façon de culpabiliser le citoyen lambda, c’est un peu prendre le problème à l’envers, je trouve. Pas un mot sur les causes profondes du problème, ou tout au plus quelques allusions. Sur les profits des compagnies pétrolières, le lobbying, etc.
France Inter c’est promis je VAIS décrocher, un jour ou l’autre, c’est sûr. Je commence déjà à réduire ma consommation. Enfin le peu d’émissions que j’ai écouté ces derniers temps m’a assez énervé donc ce sera plus facile d’arrêter ! C’était sur le « Mondial de l’auto » à Paris. Evénement majeur apparemment, vu le nombre d’émissions qui y étaient consacrées. Je ne résiste pas à l’envie de vous retranscrire quelques extraits…
Le sept-neuf trente du 29 septembre :
- Nicolas Demorand : « Mais on peut acheter une Renault hybride ou pas ? »
- Patrick Blain (Directeur général adjoint de Renault) : « On ne peut pas acheter une Renault hybride. Renault dispose de la technologie à travers son alliance avec Nissan […] donc dès que les conditions économiques, je veux dire le surcoût que ça représente sera absorbable par le client de façon massive, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, Renault peut très rapidement utiliser la technologie développée par Nissan ».
C’est donc de notre faute si nos voitures polluent ! Nous, idiots de consommateurs, ne sommes pas capables d’absorber le surcoût, de façon massive, qu’engendrerait la mise sur le marché de voitures plus propres. En gros, tant que la demande n’assurera pas des profits immédiats aux constructeurs frileux, ceux-ci ne vont pas de mouiller. Investir dans les voitures propres, pour l’instant, c’est pas rentable. On expliquera ça à nos enfants…Oui je sais ce n’est pas une analyse argumentée mais une critique à l’emporte pièce. Mais parfois ça fait du bien.
- Thierry Dombreval (Toyota) à propos des 4x4 :
« Je crois qu’il faut arrêter de diaboliser…L’automobile c’est la liberté et le plaisir, c’est le choix…beaucoup de clients ont envie de changer de style, d’exprimer un style de vie. […] Revenons un peu à l’automobile plaisir, arrêtons la morosité, et puis on aura un autre point de vue quoi, un point de vue positif…Tous, les consommateurs, les pouvoirs publics, et puis les constructeurs ».
T’as compris Delanoë ? Tu vas arrêter de persécuter ces pauvres 4x4 immatriculés 75 ? Oui, et puis c’est vrai, le franchissement de trottoir, c’est pas avec une Twingo que tu vas le faire…Et puis si tu ne veux pas t’emmerder à respecter les priorités à droite, un pare-buffle c’est quand même pratique, non ? J’ai même entendu, comme argument pour la défense des conducteurs de 4x4, que la position haute dans un 4x4 rassurait certaines femmes qui n’étaient pas très sûres de leur conduite…Je vous laisse juger de la mauvaise foi, du cynisme et de la stupidité de ces représentants de constructeurs. Mieux encore, j’avais entendu un type de la fédération des loisirs du 4x4 (ou un truc du genre) expliquer que très souvent, les gens en 4x4 étaient d’anciens randonneurs pédestres qui n’avaient plus la condition physique nécessaire pour arpenter les sentiers à pied. Maman, si ton genou te fait mal, pourquoi tu n’achètes pas un 4x4 ? Tu feras la voiture-balai dans les randos du Pyrénées Club !
- Thierry Dombreval (Toyota) :
« Je travaille dans toute l’Europe, je me déplace beaucoup […] et je trouve que la France a un peu surdéveloppé un espèce de goût de la morosité et de la mauvaise nouvelle […] Arrêtons de diaboliser quoi…Il faut tourner un peu cette page en France, de la morosité ».
Bon, j’arrête mon défoulement gratuit, car je contribue à la morosité française…Et puis évidemment, il y a des causes à défendre beaucoup plus importantes ! C’est que ces films ont créé en moi une hypersensibilité passagère.
A la sortie du film, on a failli voir Tony Blair. Le cinéma était à deux pas d’un hôtel (The Palace, quand même) gardé par des dizaines de policiers. Et comme se tenait en même temps la conférence du Labour Party, nous en avons déduit qu’un tel dispositif (rues barrées, voitures tous gyrophares allumés qui déboulent de partout, etc.) ne pouvait être mis en place que pour une personne très importante. Qui plus est Beate, un peu plus à l’aise que moi avec l’Anglais, a eu une quasi-confirmation par un policier planté devant l’entrée de l’hôtel. A la question de savoir qui était tant attendu, ce dernier à répondu « quelqu’un que vous pourriez reconnaître ». Mais bon, nous ne sommes pas restés. Ma camarade était moins « people » que moi, car je serais bien resté dix minutes pour voir passer le Prime Minister (même s’il ne l’est plus pour longtemps).
Ca y est, mes cours ont vraiment commencé. Je pense que ça va être très intéressant de voir un autre point de vue, même si c’est sur des sujets déjà abordés à l’IEP en général. Je n’ai pas trop de mal à comprendre les « lectures » (cours magistraux) mais participer pendant les « tutorials » (l’équivalent des TD) s’avère plus difficile. Pour ce qui est des équipements à l’Université, chaque jour apporte son lot de bonnes surprises : salles informatiques un peu partout et bien équipées, amphithéâtres rénovés, BU à tomber par terre, … Je n’aurais pas d’excuse si je ne réussissais pas ! Je me suis inscrit gratuitement (Erasmus est un mot magique) à l’University Language Centre : une médiathèque multilingue, des labos de langue en accès libre, des télés connectées aux chaînes par satellite, des lecteurs DVD, etc. Je pourrais même entretenir mon Espagnol mais je ne me fais pas trop d’illusions là-dessus malheureusement. Les résultats du test d’Anglais sont affichés, et malheureusement je n’ai pas échoué. Enfin on ne pouvait pas vraiment échouer mais mon score (68%) n’entraîne pas de recommandation à suivre des cours d’Anglais. Je me suis tout de même inscrit sur une liste d’attente.
Je me suis aussi inscrit au Careers Service de l’Université, qui peut aider à améliorer son CV, et propose des annonces de jobs à temps partiels pour les étudiants. Vu comment c’est parti et la quantité de travail qui n’est tout de même pas négligeable, je ne suis pas sûr de pouvoir trouver le temps de travailler en plus…Mais ce n’est pas pour ça que j’en parle, c’est car pendant l’inscription (en ligne, comme toute inscription ici), le Français que je suis a été un peu décontenancé par une question concernant mon « origine ethnique ».
Cela fait partie d’un dispositif d’égalité des chances je suppose. Je ne me suis pas renseigné plus que ça pour l’instant…mais je pense qu’ici la discrimination positive est courante. Il y a par exemple un site Internet pour favoriser l’emploi des étudiants diplômés noirs et asiatiques… J’avoue qu’à 23h32 je n’ai pas d’avis là-dessus. Ca fait juste bizarre de se voir demander à quel groupe ethnique on appartient ! Même si je suis encore un peu bronzé après un mois et demi à tourner autour d’une piscine, j’ai coché « White ».
Encore un petit truc qui m’a surpris : pendant le tutorial sur l’Union européenne, le prof (un doctorant, très sympathique du reste) nous demandait, dans notre présentation, de se situer personnellement sur l’échiquier politique. Peut-être que certains profs le font aussi en France, mais je pense que c’est beaucoup plus « tabou ». Il y avait beaucoup d’étudiants Erasmus français dans notre petit groupe (dont beaucoup d’IEPiens), se déclarant tous « de gauche » d’ailleurs. En précisant qu’on ne pouvait pas vraiment transposer notre découpage droite-gauche ici. Et qu’être de gauche en France, ça voulait sûrement dire être un peu plus de gauche au Royaume-Uni. La pauvre Erasmus italienne a dû donner son avis sur la corruption dans son pays ! Elle a très justement répondu qu’on faisait de l’Italie un exemple, mais que certains pays n’étaient sûrement pas en mesure de donner des leçons, même si les scandales apparaissent moins au grand jour.
Dans la série des plans gratuits, il y avait un « free swim » au complexe aquatique. J’en ai donc profité, et j’ai en partie trouvé la réponse à une question existentielle que je me posais avant de venir ici. Oui, après les voitures qui roulent à gauche, les escalators qui sont aussi « inversés » (certes c’est subjectif !), on circule bien dans le sens des aiguilles d’une montre dans les couloirs de natation… Enfin je crois, car il y avait un panneau que le maître-nageur mettait devant certaines lignes d’eau indiquant qu’il fallait justement nager dans l’autre sens. Dans le sens inverse du sens inverse, donc. Ils sont fous ces Anglais…
Samedi soir, je suis allé voir une « Installation de Feu » dans Platt Fields Park. C’est vrai que proposer ce genre d’événement à Manchester, c’est ambitieux. Car comme il fallait le prévoir, il a plu. Et l’eau et le feu, jusqu’à preuve du contraire ça ne fait pas bon ménage. C’est pour cette raison que les pompiers utilisent parfois de l’eau pour arrêter un incendie. Ingénieux, innit ? Mais la pluie n’arrête pas les Mancuniens. C’était pas mal du tout, je crois que j’avais déjà vu cette installation au Festival de rue de Ramonville (compagnie « Carabosse »). Il y avait un petit groupe de musiciens qui jouaient dans un style inclassable mais c’était très plaisant. Ils jouaient sous un arbre, sur deux grands tapis en guise de scène (et pour protéger le matos de la pluie), et leurs guitares étaient pendues aux branches. Original.
Shocking… Les distributeurs de prospectus sont légion devant le Students Union, je l’ai déjà dit. Mais aujourd’hui, on a encore franchi une étape dans le n’importe quoi. Une fille faisait son boulot quasi-nue, et j’exagère à peine. Disons qu’elle travaillait en maillot de bain (en bas) et soutien-gorge ! De la pub pour une boîte qui propose une soirée hebdomadaire « lap-dance »…
Sinon aujourd’hui j’ai fait une belle boulette (une de plus, se diront certains). En gros, j’ai mis la clé de ma chambre dans mon placard, puis fermé mon placard avec mon cadenas. Cadenas dont la clé se trouvait alors…dans le placard. J’ai donc dû me ridiculiser en allant à la réception expliquer ma situation. J’ai limité les dégâts car il faisait déjà nuit, donc pas grand monde à la réception, et c’était plus discret de passer dans la cour avec ma pince monseigneur… Je vais peut-être remplacer le cadenas par un autre, mais à code cette fois. Et j’essaierai de ne pas oublier le code.
Encore merci pour tous vos commentaires ! Et encore désolé pour la longueur…d’autant plus qu’il y a beaucoup de passages qui n’intéresseront pas grand monde, voire personne. J’en suis conscient mais je ne peux pas me restreindre, c’est plus fort que moi, il faut que je parle un peu de tout. C’est un peu égoïste dans un sens, car je mange votre temps. Mais encore une fois, vous n’aviez qu’à pas tout lire, et puis c’est tout !
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