Dimanche 5 novembre 2006

Ayant passé mes vacances de la Toussaint à Manchester (plus pour être avec Charlie que pour visiter la ville je l’avoue) j’ai notamment testé la nourriture anglaise, the food. De nombreux éléments distinguent les repas français des anglais. Je vais donc faire une comparaison sommaire pour vous donner un avant-goût de la gastronomie anglaise (je crois qu’en général ils disent plutôt « cuisine » que « cooking » lorsque ça s’apparente à la gastronomie).

Tout d’abord, les heures des repas sont nettement différentes. Certes, le breakfast est servi aux mêmes horaires, à peu près, qu’en France. Mais le repas du soir se prend aux alentours de 18h (entre 17h et 19h à la résidence de Charlie pour être précise). Ca paraît super tôt pour nous Français et surtout pour moi qui depuis plus d’un an me suis mise au rythme parisien où l’on dîne (sommairement certes avec ma sœur !) plutôt vers 21h. Il faut dire que jusqu’au soir, les Anglais ne mangent presque rien, nous non plus avec Charlie du coup. De plus, le fait qu’il fasse nuit noire à 16h30 n’arrange pas les choses et creuse l’estomac. L’avantage de manger tôt c’est que les soirées sont longues. Souvent, à 20h on à l’impression qu’il en est 22 ou 23 !!

 

Passons maintenant aux repas à proprement parler, au plat principal si je puis m’exprimer ainsi !

Donc au breakfast, sont servis, comme chacun sait, aussi bien des plats sucrés que salés. Il y a du bacon ou des saucisses, un œuf au plat, des patates et des haricots en sauce tomate (des beans) pour ce qui est du salé ; des toasts grillés (le grille-pain est une merveille de technologie : un tapis roulant pour tartines !) beurrés à la cacahuette, des céréales, des fruits (ici du pamplemousse en boîte) et bien sur une boisson chaude, le plus souvent, vous l’aurez deviné un thé !

Quant au dîner, il est assez classique : entrée, plat, dessert.

 

Cependant, il est important de noter quelques particularités de la cuisine anglaise. Déjà il n’y a pas le moindre repas sans patates (ici, Didier Bourdon ne pourrait guère utiliser son célèbre « sans patates » !). Elles sont en galette, en espèces de rond (comme les beignets de calamars), coupées un morceaux… mais toujours plus ou moins frites. D’ailleurs, ici beaucoup d’aliments sont frits (même le pain j’avais jamais vu ça !).

Une autre caractéristique est que les aliments sont toujours très secs, « estoufadous » comme on dit chez moi ; du coup comme tous les Anglais, nous sommes obligés de rajouter ketchup et autres sauces pour éviter l’étouffement. Un truc super sec que nous avons mangé dans la semaine était du poulet. Mais un poulet blanc, en plus c’était une cuisse !! Non pas un blanc tirant sur le jaune comme les poulets français, un blanc plus blanc que blanc (comme le linge du nouvel Omo). On a donc imaginé dans quelles conditions avait été élevé ce pauvre poulet ainsi que la tête que Jean-Pierre Coffe aurait faite s’il l’avait vu et goûté !

Autre chose, hormis le fait que les Anglais n’ont pas de fromage avant le dessert (même pas une Vache qui rit alors je pouvais oublier le roquefort…), c’est que ces desserts justement ne ressemblent pas trop à l’idée que l’on se fait du dessert. Il n’y a pas ici de beaux et bons gâteaux mais des trucs qui y ressemblent vaguement : des espèces de roulés de pâtes feuilletées garnis de morceaux de fruits et d’épices et bien sûr arrosé de sorte de crème anglaise, qui est bien meilleure en France, un comble non ? Enfin j’ai eu de la chance je n’ai pas eu droit aux gelées !

Aussi, beaucoup d’aliments sont d’origine indienne ou « cuisinés à la sauce indienne » c’est à dire avec beaucoup d’épices. Est-ce dû au passé colonial de l’Empire britannique, tout comme en France pour le couscous qui fait partie des classiques de la cantine ? En tout cas c’est vachement bon les trucs indiens. On a d’ailleurs testé un resto où le curry est extra.

Enfin, pour finir ce petit tour d’horizon des spécificités alimentaires, parlons des boissons. En effet, les Anglais d’Owens Park ne boivent quasiment pas d’eau à table. Il n’y a pas de fontaine à eau au réfectoire (juste un petit lavabo avec un robinet à l’envers comme dans Urgences !) mais des fontaines à jus de fruits enfin plutôt à sirop. Ces boissons ont un vague goût de fruit, plus un goût chimique un peu comme les trucs goût chewing-gum qu’on adore quand on est petit, et surtout elles sont hyper sucrées.

 

Pour conclure je terminerais sur une des habitudes anglaises à savoir le grignotage. Vu que le repas du midi est quasi inexistant, il n’est pas rare de les voir entre 10 et 18h avec un hamburger ou un soda à la main. Il y a plein de petits magasins de kebabs et de fish and chips et où il y a souvent quelqu’un qui y mange qu’il soit 11h ou 15h. Pas de quoi s’étonner que les Anglais aient un peu d’embonpoint après tout ça, surtout les Anglaises qui savent d’ailleurs très bien se mettre en valeur. J’en dis pas plus ça fera l’objet d’un article lors de ma prochaine visite si Charlie ne l’a pas fait avant.

 

Sur ce …

 

 

Par Charlie - Publié dans : charliethefrog
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Mardi 31 octobre 2006

Je souhaite ici contribuer modestement au passage en revue des télévisions internationales. J’aurais pu choisir plus fun comme programme, mais la télévision, précisément, je ne la regarde pas ici. Je n’en ai pas dans ma chambre évidemment, et il y en a une dans le réfectoire mais c’est plutôt un bruit de fond…Rassurez-vous, j’ai trouvé un substitut pour remplacer le temps que je perdais à regarder ladite télévision en France : Internet. Je crois même que j’arrive à perdre encore plus de temps sur Internet qu’avec la télé, étant donné qu’on peut aussi regarder la télé sur Internet (Arrêt sur Images notamment…).

Toujours est-il que pour l’instant, la seule fois où j’ai regardé la télévision pour regarder la télévision, c’est dans une salle dédiée de l’University Language Centre. Il y a les chaînes nationales, et quelques chaînes satellites. J’ai donc zappé, j’avais encore le réflexe (c'est comme le vélo, ça ne se perd pas), et je suis notamment tombé sur Countdown, dont j’ai rapidement compris qu’il s’agissait de l’homologue britannique de notre bon vieux Des chiffres et des lettres. J’avoue, je n’ai pas regardé en entier. Même si je suis en manque de télé, je ne suis pas devenu tout à fait fou pour autant.

 

Si ça ce ne sont pas des gens heureux...

 

Horaire et chaîne

Countdown est diffusé sur Channel 4 du lundi au vendredi à 15h30, alors que Des chiffres et des lettres est programmé sur France 3 désormais,  également du lundi au vendredi, mais qu’à partir de 17h30…Comme quoi, rien n’est anodin. Ma théorie c’est que les grilles sont adaptées aux habitudes culturelles respectives des téléspectateurs français et britanniques. Ici j’estime qu’on mange environ deux heures plus tôt qu’en France ; le repas à Owens Park est servi entre 5pm et 7pm (et encore, si tu arrives après 6.30pm tu as peu de chances d’avoir un dessert, et la nette impression de faire chier le monde). Il est donc logique que la grille télé soit décalée de deux heures également. Franchement, ils ne vont pas diffuser Countdown à l’heure du repas…17h30 ici j’imagine que c’est un créneau beaucoup plus prisé que chez nous. Et peut-être que dans les maisons de retraite on mange encore plus tôt, alors tout le monde est content.

 

Les maîtres de cérémonie

Nous avons tous regardé au moins une fois Des chiffres et des lettres…C’est une machine bien huilée. D’abord, un présentateur vedette. En France, en ce moment, c’est Laurent Romejko, icône nationale s’il en est. Globalement, il ne sert pas à grand chose, sauf à « présenter » mais il n’y a pas grand chose à présenter. C’est pour ça que notre pauvre Laurent est aussi obligé de se fader la météo pour arrondir ses fins de mois. Ah si, au début, présentation des candidats qui s’affrontent au moins pour la 18ème fois de suite... Ce jour là, nous avons Sue Sanders, qui est garden designer, face à Maurice Brown, debt management adviser. Au cours du jeu, le présentateur annonce s’il s’agit d’un « coup de lettres » ou d’un « coup de chiffres ». Et il a le droit de faire des petites blagues pour agrémenter le tout. Bon, c’est pas avec les blagues de Romejko que les membres du public risquent d’user leurs protections contre l’incontinence. Ni avec celles de Desmond Lynam je pense, même si je ne peux pas vraiment juger car je ne comprends toujours pas tout en Anglais, et encore moins les blagues. Enfin la seule que j’ai comprise n’était pas à se rouler par terre, puisque après que Sue a proposé son huit lettres R.E.S.O.N.A.N.T il a glissé « It sounds good ». Ce présentateur est apparemment très populaire ici – d’ailleurs sa tête me dit quelque-chose, peut-être l’a-t-on vu dans un bêtisier quelconque – et a principalement présenté des émissions sportives dans le passé. A un moment, il a trouvé un « compte bon » (je ne sais pas comment il faut dire) alors que personne ne l’avait, ce n’est donc pas un idiot apparemment. Il a lancé un fier « I got it » et effectivement, il l’avait. Je n’ai pas regardé l’émission en France assez souvent pour savoir si de tels coups de génie arrivent aussi à Laurent Romejko.

Mais l’émission n’aurait pas la même saveur sans les assistants. En France, on a l'immense Bertrand Renard, une institution à lui tout seul, spécialiste des chiffres. Le genre de gars qui est capable de trouver 889 avec 75 ; 5 ; 2 ; 7 ; 4 ; 50 le tout en moins de 45 secondes évidemment. Quoi ? Vous n’avez pas encore trouvé ? C’était pourtant simple :

50 + 2 = 52

75 + 52 = 127

127 * 7 = 889

Facile…il suffit juste de connaître un peu sa table de 127 et d'avoir un brin de jugeotte.

Dans la version anglaise, ça enlève un peu de piment, mais ils n’utilisent qu’un dictionnaire pour les vérifications. Pas de débat entre les pro-Larousse et ceux qui ne jugent que par le Robert, donc. A noter aussi que chez Countdown, ils ont une potiche de service (cf. photo ci-dessus), un peu comme celles qui retournaient les lettres pour découvrir l’énigme dans la Roue de la fortune, ou celles du Juste prix. C’est donc elle qui est aux ordres des candidats, et dispose les vowels et consonants sur le présentoir. Et finalement elle n’est pas si potiche que ça, car elle écrit aussi sur un tableau les solutions que dictent les candidats pour les chiffres, et vérifie donc les opérations en temps réel (ce que je serais incapable de faire...) et propose parfois des solutions.

 

Le jeu

Pas de différence fondamentale…Je passe sur les détails techniques du type combien de coups de lettres et de chiffres dans une partie, ainsi que les trucs spéciaux comme les duels etc. Je sais, cet oubli volontaire risque de nuire grandement à la valeur scientifique de cette analyse comparative, mais j’assume. J’imagine aussi que ça risque de vous empêcher de dormir, mais vous n’avez qu’à vous précipiter sur Internet, je suis sûr que l’on doit pouvoir trouver quelques sites de fans inconditionnels où tout est minutieusement détaillé.

Le premier tirage que j’ai vu a donné F.I.K.W.E.A.S.H.I. Et là, je ne sais pas ce que ça déclenche en vous, si vous avez déjà les neurones qui bouilonnent et des mots qui se bousculent (pas moi), mais quand j’ai vu ça, je me suis dit que ça sonnait très anglais comme tirage ! C’est vrai non ? Anyway. Il y avait W.E.A.K.I.S.H en sept lettres.

Ca me fait penser à une blague super nulle, mais bon, j'ose vous la soumettre... Sur le plateau Des chiffres et des lettres, un jeudi après-midi sur France 3, le troisième coup de lettres :

        Consonne

        C

        Voyelle

        O

        Voyelle

        U

        Voyelle

        I

        Consonne

        L

        Consonne

        L

        Voyelle

        E

        Consonne

        S

Tic-tac tic-tac, petite musique entêtante, chacun évite de croiser le regard de quelqu’un

d’autre, et à la fin du sablier, Laurent Romejko, rouge comme un tomate, demande :

        Maurice, combien de lettres ?

        Huit lettres

Laurent Romejko :

        Et vous Françoise ?

        Pas mieux…

        Nous vous écoutons Françoise

        LUCIOLES

 

Bon voilà, ça s’est fait. Vous avez le droit de la trouver nulle et lourde, moi je l’aime bien, et

je soupçonne quelqu’un de m’avoir transmis le gène de réceptivité à ce type d’humour…et

de m’avoir raconté cette blague d'ailleurs !

Pour en revenir à nos moutons, une différence notable tout de même, les candidats écrivent sur du papier, avec un stylo, et non pas sur un clavier comme en France. On compte donc sur leur bonne foi pour arrêter de chercher à la fin du sablier, et s’en tenir à ce qu’ils ont effectivement eu le temps d’écrire. D’ailleurs, le présentateur demande parfois à voir pour vérifier. Dingue, non ?!

 

Le décor

Dans les tons roses et blancs pour nos amis Anglais, contre le bleu de chez nous. Dans les deux cas, rien de très extravaguant. Pas de méga-colonnes en carton comme dans Tout le monde en parle, ni d’écrans géants partout, de spots multicolores, ou encore de jeunes blondes à la poitrine sur-dimensionnée et à la jupe sous-dimensionnée dans le public juste derrière le présentateur vedette. Non, rien de tout, ça. Du sobre, tout au plus du kitch. Il y a bien une grande horloge qui surplombe le plateau dans Countdown, et qui sert de chronomètre, mais le dynamisme insufflé à l’émission par cet artifice n’est tout de même pas transcendant.

La musique

J’ai raté le générique de début de Countdown, et je ne peux donc dire s’il égale l’entêtante musique Des chiffres et des lettres, chaque année remasterisée pour essayer de faire un peu plus d’jeuns.

Pour ce qui est de la petite musique qui accompagne le chronomètre, ils ont réussi à faire aussi stressant que celle Des chiffres et des lettres (qui change régulièrement également, pour éviter la routine…). Je ne sais pas si les candidats entendent cette musique, mais si c’est le cas, tenter de réfléchir avec ça dans les oreilles, c’est du masochisme. Un truc à base de métronome et de triangle, qui va crescendo (et accelerando) à mesure que la fin du temps approche. C’est horrible. Soit le candidat a son neuf lettres depuis dix secondes, auquel cas il crâne en se penchant en arrière sur sa chaise, pour faire style qu’il s’ennuie. Soit il n’a pas son neuf lettres, et il griffonne de plus en plus nerveusement son bout de papier (ou il s’énerve sur ce p… de clavier) jusqu’au gong fatidique.

Voilà pour l'essentiel de cette comparaison donc, je suppose que j’ai comblé une sorte de vide existentiel qui sommeillait en vous et que vous n’arriviez pas à définir, n’ai-je pas ? J’aurais définitivement préféré vous parler d’une émission plus animée, comme celle qui se moque des Japonnais et de leurs jeux télévisés sur la télé espagnole, mais je n’ai pas choisi…Même si des émissions débiles, il y en a aussi ici, bien évidemment. Ce matin au petit déjeuner, la télé diffusait une émission ou un couple venait se pourrir en public, le monsieur mettant en doute le fait qu’il soit le père biologique de leur futur enfant, sa copine lui ayant confié qu’il n’était pas le seul à être potentiellement le père. Et ils ne reculent devant rien, puisqu’à la fin de l’émission, on allait avoir les résultats en direct du test de paternité – on apprendra qu’il était bien le père. Mais j’ose espérer que tout ça est bidon…car sinon on peut dire que le gamin part avec un super background dans la vie !

Sinon en zappant pendant les nombreuses coupures pub de Countdown, je suis aussi tombé sur une partie de billard, ou plutôt de snooker. Rassurez-vous, je ne vais pas me lancer dans l’explication des règles, qui sont certainement moins complexes que celles du cricket1 mais tout de même…Etant donné que l’origine est attribuée aux colons britanniques, il ne fallait pas s’attendre à des règles simples. L’ambiance est à peu près aussi survoltée que sur le plateau de Channel 4 à 15h30, et l’on à droit aux commentaires en direct, comme au foot, ainsi qu’aux analyses d’experts en plateau (un peu le même dispositif que pour Roland Garros je pense, pour ceux qui voient). Il y a même, comme au foot pour les distances des coups-francs par exemple, des insertions informatiques sur la table de jeu pour montrer quelle sera la trajectoire de la blanche s’il choisit de toucher rouge en trois bandes, afin d’empocher empocher la rose, qui vaut six points. C’est vraiment le programme typique où tu restes scotché toute l’après-midi au lieu de commencer ta dissertation de droit. Les types ont plutôt l’air de rire lorsqu’ils se brûlent (chemise noire boutonnée jusqu’en haut, nœud pap’ pour certains) mais ils sont super balaises en tout cas.

J’essaierai d’élargir un peu la gamme d’émissions si j’en ai l’occasion, car j’avoue que c’est un peu restrictif comme vue d’ensemble de la télé au Royaume-Uni !

Cette semaine s’annonce très bien pour moi, puisque Perrine me rend visite aujourd'hui (mardi), et je compte sur elle pour alimenter ce blog car moi je suis en vacances. En théorie, je suis censé lire, puisque c’est la « reading week ». Une appellation bien hypocrite pour ne pas dire vacances…Car en pratique, ce n’est ni plus ni moins qu’une semaine sans cours.

Merci à tous pour vos commentaires.



1. Pour une expérience de cricket vécue par une IEPienne en République Tchèque, voir  http://kiyomi.over-blog.com/article-4105702.html où vous n’apprendrez pas les règles en détail non plus, mais où vous rigolerez sans aucun doute…

Par Charlie - Publié dans : charliethefrog
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Samedi 21 octobre 2006

Avant de vous raconter brièvement ma petite excursion à Chester, je voudrais dédicacer spécialement cette photo à Jérémie.

Photo réalisée sans trucage, le 13 octobre 2006, devant la bibliothèque de l’Université de Manchester. Non mais.

 

Un minimum d’honnêteté me pousse à vous dire que ce ciel bleu n’est pas monnaie courante ici, mais vous vous en doutiez. Je crois l’avoir déjà dit mais le temps est très imprévisible…Bref, le temps pourri que l’on associe généralement à l’Angleterre n’est pas seulement une idée reçue. Mais comme un bon schéma vaut souvent mieux qu’un long discours, voilà de quoi rétablir la vérité1 :

Donc oui, il pleut plus ici qu’à Madrid. Mais en même temps, les statistiques valent pour Birmingham car il n’y avait pas Manchester dans la liste, alors peut-être qu’il pleut moins à Manchester, après tout…non ? Bon, tant pis.

 

Aujourd’hui samedi 21 octobre je suis donc allé à Chester, petite ville à 40 miles au sud-ouest de Manchester. Beate reçoit sa sœur et son frère, ainsi qu’une amie d’Allemagne, et c’était donc l’occasion de sortir un peu de Manchester. Et comme elle est gentille Beate, elle m’a proposé de les accompagner. Je préfère tout de suite prévenir mes lecteurs, ce petit voyage n’a rien, mais alors rien à voir avec celui qu’à pu faire Julia autour de Shanghai…Ici, pas de radeaux en bambous, ni de paysans qui transportent des sacs sur leurs épaules avec un chapeau pointu, et pas non plus de singes voleurs de touristes. Beaucoup plus banal !

Ce matin je me suis fait une frayeur, une de plus. Je dis une de plus car je ne compte plus les matins où je dois me speeder comme un dingue parce-que je me suis rendormi après avoir éteint mon réveil. Pour l’instant je ne suis pas encore arrivé en retard en cours…plutôt en avance même. Parfois je vais au cours de 9h00 et je reviens à la résidence pour prendre mon petit déjeuner que je n’ai pas eu le temps de prendre plus tôt. Le rendez-vous de ce matin était fixé à 9h30. Je me lève donc à 8h30, difficilement car la veille j’ai traîné sur Internet jusqu’à tard, je m’assois sur le lit cinq minutes pour ne pas passer de la position horizontale à verticale trop brutalement, j’ouvre ce magnifique rideau violet, puis je branche mon rasoir électrique sur cette satanée prise au-dessus du néon, prise mal fichue qui m’oblige à me raser d’une main et à maintenir le rasoir branché de l’autre car sinon la prise du rasoir me revient dans la figure (ne rigolez pas, ça fait mal, c’est à cause du fil entortillé comme sur les téléphones, extensible) toutes les trente secondes, et je me rase. Mais là, mes deux neurones se connectent et j’aperçois Beate, sa sœur, son frère au milieu de la cours d’Owens Park, visiblement impatients. Shit ! Charlie t’as été foutu de pas te souvenir de l’heure du rendez-vous, et tu t’es levé une heure trop tard ! Examen rapide de la situation : je n’ai pas déjeuné, je ne suis pas lavé ni habillé, donc c’est pas possible. Résigné, j’envoie un texto « Don’t wait for me, sorry ! I made a mistake with my alarm clock, I thought the meeting was at 9.30. Charlie. ». Quand même, je me souviens bien d’avoir lu sur son mail « When ? 9.30 ». Le truc clair, qu’on peut pas oublier même lorsqu’on est copieusement étourdi. Donc j’allume mon ordi, je vais relire le mail, et effectivement, je ne m’étais pas trompé. Bref, en fait ils se retrouvaient juste pour aller petit-déjeuner…je n’étais pas en retard. Mon texto paniqué aura au moins bien fait rire Beate. Sur le coup ça me faisait pas rigoler de rater si bêtement le train.

Bus, train (1h30), Chester. Je me permets de petites ellipses narratives, car vu que pour l’instant, on n’était même pas partis, à ce rythme là on n’était pas arrivés, et je pense quand même un peu à vous qui prenez le temps de me lire…En bon touristes, on dégaine les appareils photos, à la recherche du moindre bâtiment un peu typique à mitrailler. Je ne vais pas vous faire un topo sur l’histoire de Chester ou de la région, car même s’il y aurait beaucoup à dire, moi je n’en sais pas grand chose de plus qu’avant que je visite. Je l’avoue, étendre ma culture n’était pas ma priorité première, l’objet du voyage étant plutôt de flâner loin de mon manuel sur l’Union européenne, ce qui n’est déjà pas mal. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé (de me cultiver), car parmi les nombreuses églises, paroisses, et autres cathédrales, on en a visité plusieurs, et j’ai même dépensé £3 pour une d’entre elles, avec audio-guide et tutti quanti. Déjà que j’ai du mal avec ce à quoi je suis censé être le plus familier, le catholicisme, là il faut en plus intégrer l’Eglise anglicane, qui est à la fois catholique mais aussi réformée, et c’en est trop pour ma flémingite aiguë. Pour résumer, c’est très beau, et c’est toujours impressionnant de pénétrer dans ces lieux chargés d’histoire…

Lorsqu’on en a été lassés des églises, on s’est dirigés vers la rue piétonne principale, et nous n’étions pas les seuls à avoir eu l’idée d’aller à Chester en ce samedi après-midi. La première chose sur laquelle on tombe, c’est un Disney Store…Décevant pour le touriste qui recherche du typique. Une rue commerçante donc, comparable à la rue Saint Rome à Toulouse, avec plus de maisons à colombages, et plutôt couleurs noir et blanc que « rose ». Ensuite on est descendus vers les anciennes fortifications (romaines mais modifiées jusqu’à l’ère victorienne), passés devant un grand hippodrome (je ne sais pas s’ils s’en servent aussi pour des courses de lévriers…) et on a longé un peu River Dee jusqu’à ce que la bruine puis la pluie nous conduisent naturellement à aller boire un petit thé…C’est comme ça, sans y prendre garde, que l’on prend les habitudes locales !

A Chester, pas de singes donc, mais des écureuils, plein d’écureuils (« squirrels », joli mot non ?). Et ce n’est pas une particularité locale en fait, car il y en a un peu partout ici, dès qu’il y a quelques mètres carrés de pelouse et un arbre. Mais ici, ils sont gris, c’est pas la même marque qu’en France. D’après Katie, une de mes deux partenaires de « face to face » (échange de Français contre Anglais), cette espèce est plus balaise que l’écureuil roux et a donc banni ce dernier d’Angleterre. Et je viens de vérifier à l’instant, et effectivement c’est vrai. Mais pire encore, qui sait que cette extermination n’est ni plus ni moins qu’une conséquence du néocolonialisme américain ? Y’a personne pour le dire ça, hein ? Et oui, car figurez-vous que ce petit rongeur gris, en apparence inoffensif, plutôt mignon même, est responsable de sérieux problèmes environnementaux : disparition des pauvres petits écureuils roux qui n’avaient rien demandé, dégâts sur l’écorce des arbres qu’il fréquente, etc. Et devinez d’où vient ce petit rongeur. D’Amérique du Nord. Evidemment. Il a été introduit en Angleterre au début du XIXème (je tire ces infos capitales de Wikipedia), et comme il s’y est bien plu (ça n’étonnera personne, tout le monde sait bien que Tony Blair n’est que le caniche des Etats-Unis), il a colonisé l’île, au détriment des pauvres petits écureuils roux qui n’avaient rien demandé, eux. Voilà comment une histoire en apparence anodine cache en fait l’hégémonie américaine, encore et toujours. C’est vraiment moche d’utiliser des moyens détournés comme l’écureuil pour imposer sa domination du monde. En plus ils sont bêtes ces écureuils d’Amérique : ils ne se souviennent pas de l’endroit où ils enterrent leurs provisions. Et pourtant ils en font des provisions, et en cela ils se distinguent de leurs homologues humains américains : eux ils épargnent beaucoup je pense. Bon j’arrête cette géopolitique des écureuils, d’autant plus que j’ai rapporté des données plus qu’approximativement, je m’excuse donc de cet anti-écureuillanisme primaire. Toujours est-il qu’il y en a partout, et moi je les aime bien si j’oublie d’où ils viennent et comment ils ont chassé leurs congénères. Et là, je peux avancer une donné zoologique sérieuse, puisque j’ai fait l’expérience sur un échantillon non représentatif de deux individus, c’est que l’écureuil gris n’aime pas les Pringles. Ou pour être plus précis, il n’aime pas ceux au goût « salt & vinegar ». Je voulais les approcher car ils ne sont vraiment pas farouches, alors j’ai utilisé de ces chips comme appât, et ça a marché, ils sont venus goûter et ils sont repartis. Nous aussi nous sommes repartis, et j’ai lutté dans le train pour ne pas m’endormir profondément…

En ce moment, Sarkozy est partout. Et il est vraiment balaise en communication car il arrive même à percer, insidieusement, à l’Université de Manchester. Je suis allé il y a deux ou trois semaines à une conférence sur le thème de « La constitution européenne est morte ; Vive la constitution européenne » et le seul personnage politique français que le conférencier (un professeur de Belfast) ait cité, c’est Nicolas Sarkozy. Pas Jean Monnet, ni de Gaulle, ni Chirac ou VGE, mais Sarkozy, à propos de je ne sais trop quelle déclaration qu’il aurait faite je ne sais où je ne sais quand pour relancer la dynamique de l’intégration européenne…Mais mieux encore, alors que j’étudiais assidûment une de mes bibles sur l’institution européenne (le Nugent sixième édition), quelle ne fût pas ma surprise de tomber à nouveau sur ce fameux Nicolas dans l’index…Cette fois à propos d’une critique qu’il aurait émise à l’encontre du fonctionnement de la Banque centrale européenne alors qu’il était ministre des finances. C’est peut-être moi qui me focalise de façon injustifiée, mais je pense que ce sont des micro-conséquences d’une stratégie de communication bien huilée.

Souvent, quand je rentre de la fac, j’entends de la musique française dans le couloir du deuxième étage de Green Court 3. Avec mon voisin Ed, on s’est échangé quelques MP32 et du coup j’entends ma musique à travers le mur…On marche sur la tête quand même : on s’est échangé de la musique par Internet (faut dire qu’on a du méga-haut débit) alors que l’on est voisins de chambre…Ah c’est bien fini le bon vieux temps – que je n’ai pas connu – ou l’on se prêtait ses vinyles avec des vraies pochettes en carton. Quelle déshumanisation, et quel manque de respect aux artistes qui passent d’ordinateurs en ordinateurs et se font parfois jeter à la corbeille aussitôt. Le monde part décidément à vau-l’eau, innit ?



1. Source : http://www.ephemeride.com/meteo/statistiques/30/ .Où l'on s'apercevra qu'il pleut pas mal en Colombie ou en Chine (vous confirmez Manu et Julia ?).

2. Des morceaux de musique, je sais que je suis lu notamment par ma grand mère, qui, si elle est loin d’être déconnectée des nouvelles technologies, a le droit de ne pas savoir ce que recouvre ce sigle barbare…J’en profite pour lui faire un petit coucou, j’espère que les notes de bas de page ont bien été imprimées !

Par Charlie - Publié dans : charliethefrog
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Mercredi 11 octobre 2006

Je trouve l’expression très imagée et très jolie…

  

Qui a dit que la vie d’un étudiant Erasmus n’était constituée que de fêtes ? Je m’inscris en faux contre cette croyance ! Bon, il ne faut pas exagérer dans l’autre sens non plus… Oui si l’on veut faire la fête tous les soirs, c’est virtuellement possible. Certes la moindre occasion est bonne pour sortir, et Manchester regorge de pubs, de salles de concerts, de théâtres, de cinémas, d’équipements sportifs, … Mais il ne faudrait pas oublier que l’Homo Erasmus est par essence un étudiant. Et un étudiant, c’est tout de même censé étudier, de temps en temps au moins. Donc, maintenant que les choses sérieuses (les cours) ont commencé, il a fallu réapprendre à prendre des notes, à explorer les rayons de la bibliothèque, à lire, à écrire, etc. Tout ça en Anglais : ça paraît évident, mais pour moi ce n’est pas anodin !

On m’a demandé de préciser en quoi consistaient mes cours, je m’exécute donc. Je suis donc seulement trois cours (cf. N°4), ce qui représente un volume horaire hebdomadaire (j’ai presque honte de le dire) de…six heures. Oui, vous avez bien lu, j’ai six heures de cours en tout et pour tout, « lectures » et « tutorials » compris. Et comme je l’ai déjà dit je crois, je ne suis pas une exception ici puisque j’ai autant de « crédits » par semestre que les étudiants locaux. Alors vous me direz, comment j’arrive à être débordé avec six heures par semaine. Mais si vous vous posez cette question, c’est que vous ne me connaissez pas encore complètement. Oui, car quelque-soit la charge de travail, je me débrouille toujours pour me retrouver dans des situations limites. Comme hier par exemple, où je me suis couché entre 3 et 4 heures du matin, car il me restait une cinquantaine de pages du Nugent (comprenez le manuel de référence du cours sur l’Union européenne, NUGENT (N.), The Government and Politics of the European Union, Palgrave Macmillan, 6th edn., 20061) à lire et un résumé de ces chapitres à faire pour le lendemain (ou plutôt le jour même) neuf heures. Alors pourquoi je ne l’ai pas fait plus tôt dans la semaine ? Car j’ai commencé par prendre beaucoup trop de notes, et évidemment, je n’avançais pas. Je commence à croire que l’on ne se refait pas, c’est grave docteur ? Anyway…

Les cours sont divisés entre les cours magistraux (« lectures ») et des discussions en petits groupes (« tutorials »). Pour les IEPiens, par petit groupe il faut vraiment entendre petit groupe, c’est à dire moins d’une douzaine en général. Voilà, je n’ai donc que six heures de cours mais pas mal de choses à lire. En théorie du moins, car j’ai déjà renoncé à lire tout ce que l’on est censé lire chaque semaine. Un petit sondage autour de moi me conforte dans cette résolution, et je n’étais pas le seul a avoir sérieusement trimé pour rendre ce résumé hier. Il résulte de tout ceci que les cours magistraux sont encore plus superficiels qu’à l’IEP, mais que nous avons beaucoup plus de temps pour approfondir par des lectures dirigées et du travail personnel. Je ne saurais dire ce qui est le mieux…Je crois que le rythme est tout de même plus raisonnable ici. Pour ce qui est des examens, ça ressemble à peu près à ce que l’on subit à l’IEP : soit « dissertation », soit questions de cours, et aussi en très peu de temps, deux heures et parfois moins. Mais je compte rendre plusieurs « essays » au lieu de passer les examens comme les étudiants anglais, dans la mesure ou très objectivement, mon niveau d'Anglais ne me permettrait pas de passer les épreuves dans de bonnes conditions (c'est pas moi qui l'ai dit, c'est le Docteur, Dr Jill Lovecy, ma co-ordinatrice Erasmus). Le cours le plus intéressant s’intitule Cities and Society. C’est à peu près aussi vaste que le cours sur La ville, quelle ville ? auquel les étudiants de Société ont eu l’immense privilège d’assister, mais avec un prof beaucoup plus jeune, beaucoup plus clair, et avec des moyens de communication plus modernes. Le prof est assez marrant, et il nous parle notamment de La Corbusier et de Le Ville Radieuse. Tous les profs utilisent Powerpoint et un vidéoprojecteur, et on regarde souvent des vidéos. Et moi j’aime bien ça regarder des vidéos en cours.

Je prends la parole tant bien que mal pendant les tutorials, les professeurs sont très compréhensifs envers les Erasmus qui ont comme moi, encore une marge d’apprentissage de la langue de Shakespeare significative. Pour ceux qui rament pour aligner trois mots en Anglais, quoi. J’exagère un peu, d’accord, mais mes interventions n’ont rien à voir, par exemple, avec la façon dont Jim a magistralement renvoyé un prof dans ses cordes ! Ce que tu lui as mis ma parole !

Jeudi soir, je suis allé dans un jazz club avec Beate et Maurizio (respectivement allemande et italien, mais est-il vraiment besoin de préciser dans quel ordre ?), la classe. Je n’étais jamais allé dans ce type de lieu. J’avais un peu peur  – bêtement, car je ne connaissais pas – de me retrouver dans un endroit d’habitués, de connaisseurs ou d’amateurs éclairés… En fait ça ressemblait à un bar-restaurant tout ce qu’il y a de plus classique, et j’ai été très agréablement surpris par le concert. C’était présenté comme un mélange de jazz, blues, et funk. Quatre musiciens (ce qu’on appelle un quartet ?), une batterie, une trompette et deux guitares et de jolies improvisations pour mes oreilles non averties. Il y avait trois « sets » entre 22 heures et 2 heures du matin, on est partis vers minuit après le deuxième.

Le lendemain il y avait une soirée Erasmus chez Giulia (germano-italienne, j’ai pas très bien compris) qui habite dans une petite maison en colocation avec d’autres Erasmus. C’était dans une rue résidentielle que je qualifierais de typiquement Anglaise : des maisons en briques rouges collées les unes aux autres, toutes identiques et se faisant face de part et d’autre de la route, alignées comme ça sur plusieurs centaines de mètres. Autant dire qu’il vaut mieux ne pas oublier le numéro de ta maison…particulièrement si tu viens d’emménager et que tu rentres d’une soirée bien arrosée, j’imagine. Nous n’étions pas les premiers arrivés, et on a eu du mal à se frayer un chemin au milieu de ce bouillon d’étudiants internationaux pour accéder jusqu’à la cuisine. La maison était pleine comme un œuf, et il y avait un joyeux brouhaha à base de mauvais Anglais (pas pour tous, mais quand même) parsemé de Français, d’Italien, d’Allemand, d’Espagnol là où des mini-groupes nationaux s’étaient recréés, et avaient renoncé à parler Anglais (c’est mal). Tu te retrouves donc à parler successivement avec des gens des quatre coins de l’Europe (et parfois de plus loin), très Auberge Espagnole comme ambiance et ma fois très sympathique.

Sujet de dissertation : « Quel est le rôle de l’alcool dans cette situation de communication ? ». Bon, ne soyons pas masochiste non plus et sautons directement à la conclusion : « Ainsi, si dans un premier temps l’effet désinhibant de l’alcool peut contribuer à fluidifier la communication orale entre les étudiants internationaux, une surdose peut conduire à une situation paradoxale où chacun croit comprendre l’autre mais n’est plus lui-même capable de s’exprimer de façon intelligible. » Ne t’inquiète pas maman, je n’ai pas fait exploser l’éthylomètre. Et d’ailleurs, même si j’avais pris une cuite je ne le dirais peut-être pas ici, mais ce n’était pas le cas du tout ! Et puis de toute façon ça ne m’arrive jamais. Comment ça je ne suis pas crédible ? Ironie du sort, je suis rentré avec Beate, un autre Allemand, et une Toulousaine. C’est bien la peine de traverser la Manche pour s’ouvrir à de nouveaux horizons…

Mais j’ai trouvé une solution pour rencontrer des vrais British. Ca s’appelle le « face to face ». Comme ça ça fait un peu penser à un nouveau genre de « speed dating », mais ce n’est pas ça. Pas besoin de long discours pour expliquer ce que c’est, c’est tout simplement un échange de langues maternelles, du troc quoi. Donc j’échange du Français contre de l’Anglais (du vrai, du bon) avec deux étudiantes d’ici qui étudient le Français. On se retrouve une heure par semaine, et on discute une demie-heure dans chaque langue en se corrigeant mutuellement. J’ai mis une annonce sur le tableau prévu a cet effet, et il faut croire que le Français est ici très demandé car j’ai dû enlever l’annonce dès le lendemain pour éviter d’être submergé de réponses. Je crois que si je voulais il y aurait facilement moyen de se faire un peu d’argent en donnant des cours au noir ! Mais bon, ce serait profiter d’un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande de cours de Français, et puis je m’en voudrais de faire payer pour des cours qui n’en seraient pas vraiment.

Voilà tout pour le moment, merci de m'avoir lu et à bientôt pour de nouvelles aventures...


1. L’IEP ça vous déforme un homme à vie…J’avais une furieuse envie de faire une référence dans les règles de l’art (à la française, car il y a d’autres façons de faire), et de me faire une petite note de bas de page, comme ça, pour le plaisir.

Par Charlie - Publié dans : charliethefrog
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Mardi 3 octobre 2006

Certes je suis ici depuis le 6 septembre, mais là je commence vraiment à me sentir chez moi. Les lieux deviennent familiers, des petites habitudes s’installent…même si ce n’est pas encore la routine, je vous rassure. Mais par dessus tout, ce qui me fait sentir en Angleterre encore plus qu’avant, c’est la pluie. Oui, car jusqu’alors elle s’était faite très discrète. J’aurais presque pu me demander si le mauvais temps n’était pas qu’un cliché parmi d’autres. Mais non, ce n’est pas qu’un cliché, ou plutôt c’est un cliché de la réalité. Ici, la pluie peut tomber très fort, et sans prévenir. Si bien que mon beau parapluie Isotoner (merci Annie et Michel !) est mis à rude épreuve. Ouverture, fermeture, test de résistance au vent, secouage avant de rentrer dans la BU, … J’apprécie l’ouverture et la fermeture automatiques, et c’est quand même la classe de dégainer son parapluie à la moindre goutte.

  

Cette semaine, j’ai deux bonnes raisons de devenir un anti-américain (primaire, pourquoi pas puisque c’est en général l’adjectif qu’on associe à l’expression) : The Road to Guantanamo et An Inconvenient Truth. Je pense que beaucoup de mes amis IEPiens ont vu le premier des deux films, moi je ne l’avais pas vu. Pour la faire courte, ça parle donc de la prison américaine de Guantanamo, à Cuba donc, où les détenus sont maltraités (cages en guise de cellules, humiliations, interrogatoires plus que musclés, …) et sont parfois incarcérés pour des motifs pour le moins douteux, et sans procès. Il faudrait bien sûr faire une critique du film lui-même qui n’est pas non plus objectif, mais nul doute qu’il reflète une part de la réalité. J’ai donc vu ce film qui était projeté dans un amphi de la fac à l’occasion d’une semaine d’événements autour de la guerre en Irak. Le lendemain, comme je n’étais pas encore assez déprimé, je décidai d’accompagner Beate voir An Inconvenient Truth. Une vérité inconvéniente » donc. Ah non ça ne marche pas là. Bon, disons une « vérité qui dérange » alors. Cette vérité, c’est celle dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée ces temps-ci (et tant mieux d’ailleurs) : le réchauffement climatique. On suit donc les conférences du presque-président-des-Etats-Unis Al Gore qui fait une tournée mondiale sur le thème de l’effet de serre et de ces conséquences désastreuses. Je pense être déjà convaincu de la gravité du phénomène (même si je ne fais peut-être pas grand chose pour le combattre personnellement), mais ce film achève les derniers doutes qui pourraient encore subsister chez certains. La démonstration, à grands coups de courbes, de statistiques et de superbes images de glaciers fondus, est implacable. Ce qui m’a un peu dérangé, c’est les solutions proposées. D’abord, elles sont insérées sous forme de petites phrases dans le générique de fin, pas plus. Et puis elles consistent principalement à prendre plus souvent son vélo, acheter des ampoules moins gourmandes en énergie, prier si l’on est croyant, etc. Loin de moi l’idée de dénigrer ces solutions, et encore moins les gens qui les appliquent ! Mais disons que cette façon de culpabiliser le citoyen lambda, c’est un peu prendre le problème à l’envers, je trouve. Pas un mot sur les causes profondes du problème, ou tout au plus quelques allusions. Sur les profits des compagnies pétrolières, le lobbying, etc.

  

France Inter c’est promis je VAIS décrocher, un jour ou l’autre, c’est sûr. Je commence déjà à réduire ma consommation. Enfin le peu d’émissions que j’ai écouté ces derniers temps m’a assez énervé donc ce sera plus facile d’arrêter ! C’était sur le « Mondial de l’auto » à Paris. Evénement majeur apparemment, vu le nombre d’émissions qui y étaient consacrées. Je ne résiste pas à l’envie de vous retranscrire quelques extraits…

Le sept-neuf trente du 29 septembre :

- Nicolas Demorand : « Mais on peut acheter une Renault hybride ou pas ? »

- Patrick Blain (Directeur général adjoint de Renault) : « On ne peut pas acheter une Renault hybride. Renault dispose de la technologie à travers son alliance avec Nissan […] donc dès que les conditions économiques, je veux dire le surcoût que ça représente sera absorbable par le client de façon massive, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, Renault peut très rapidement utiliser la technologie développée par Nissan ».

C’est donc de notre faute si nos voitures polluent ! Nous, idiots de consommateurs, ne sommes pas capables d’absorber le surcoût, de façon massive, qu’engendrerait la mise sur le marché de voitures plus propres. En gros, tant que la demande n’assurera pas des profits immédiats aux constructeurs frileux, ceux-ci ne vont pas de mouiller. Investir dans les voitures propres, pour l’instant, c’est pas rentable. On expliquera ça à nos enfants…Oui je sais ce n’est pas une analyse argumentée mais une critique à l’emporte pièce. Mais parfois ça fait du bien.

- Thierry Dombreval (Toyota) à propos des 4x4 :

« Je crois qu’il faut arrêter de diaboliser…L’automobile c’est la liberté et le plaisir, c’est le choix…beaucoup de clients ont envie de changer de style, d’exprimer un style de vie. […] Revenons un peu à l’automobile plaisir, arrêtons la morosité, et puis on aura un autre point de vue quoi, un point de vue positif…Tous, les consommateurs, les pouvoirs publics, et puis les constructeurs ».

T’as compris Delanoë ? Tu vas arrêter de persécuter ces pauvres 4x4 immatriculés 75 ? Oui, et puis c’est vrai, le franchissement de trottoir, c’est pas avec une Twingo que tu vas le faire…Et puis si tu ne veux pas t’emmerder à respecter les priorités à droite, un pare-buffle c’est quand même pratique, non ? J’ai même entendu, comme argument pour la défense des conducteurs de 4x4, que la position haute dans un 4x4 rassurait certaines femmes qui n’étaient pas très sûres de leur conduite…Je vous laisse juger de la mauvaise foi, du cynisme et de la stupidité de ces représentants de constructeurs. Mieux encore, j’avais entendu un type de la fédération des loisirs du 4x4 (ou un truc du genre) expliquer que très souvent, les gens en 4x4 étaient d’anciens randonneurs pédestres qui n’avaient plus la condition physique nécessaire pour arpenter les sentiers à pied. Maman, si ton genou te fait mal, pourquoi tu n’achètes pas un 4x4 ? Tu feras la voiture-balai dans les randos du Pyrénées Club !

- Thierry Dombreval (Toyota) :

« Je travaille dans toute l’Europe, je me déplace beaucoup […] et je trouve que la France a un peu surdéveloppé un espèce de goût de la morosité et de la mauvaise nouvelle […] Arrêtons de diaboliser quoi…Il faut tourner un peu cette page en France, de la morosité ».

Bon, j’arrête mon défoulement gratuit, car je contribue à la morosité française…Et puis évidemment, il y a des causes à défendre beaucoup plus importantes ! C’est que ces films ont créé en moi une hypersensibilité passagère.

 

A la sortie du film, on a failli voir Tony Blair. Le cinéma était à deux pas d’un hôtel (The Palace, quand même) gardé par des dizaines de policiers. Et comme se tenait en même temps la conférence du Labour Party, nous en avons déduit qu’un tel dispositif (rues barrées, voitures tous gyrophares allumés qui déboulent de partout, etc.) ne pouvait être mis en place que pour une personne très importante. Qui plus est Beate, un peu plus à l’aise que moi avec l’Anglais, a eu une quasi-confirmation par un policier planté devant l’entrée de l’hôtel. A la question de savoir qui était tant attendu, ce dernier à répondu « quelqu’un que vous pourriez reconnaître ». Mais bon, nous ne sommes pas restés. Ma camarade était moins « people » que moi, car je serais bien resté dix minutes pour voir passer le Prime Minister (même s’il ne l’est plus pour longtemps).

 

Ca y est, mes cours ont vraiment commencé. Je pense que ça va être très intéressant de voir un autre point de vue, même si c’est sur des sujets déjà abordés à l’IEP en général. Je n’ai pas trop de mal à comprendre les « lectures » (cours magistraux) mais participer pendant les « tutorials » (l’équivalent des TD) s’avère plus difficile. Pour ce qui est des équipements à l’Université, chaque jour apporte son lot de bonnes surprises : salles informatiques un peu partout et bien équipées, amphithéâtres rénovés, BU à tomber par terre, … Je n’aurais pas d’excuse si je ne réussissais pas ! Je me suis inscrit gratuitement (Erasmus est un mot magique) à l’University Language Centre : une médiathèque multilingue, des labos de langue en accès libre, des télés connectées aux chaînes par satellite, des lecteurs DVD, etc. Je pourrais même entretenir mon Espagnol mais je ne me fais pas trop d’illusions là-dessus malheureusement. Les résultats du test d’Anglais sont affichés, et malheureusement je n’ai pas échoué. Enfin on ne pouvait pas vraiment échouer mais mon score (68%) n’entraîne pas de recommandation à suivre des cours d’Anglais. Je me suis tout de même inscrit sur une liste d’attente.

Je me suis aussi inscrit au Careers Service de l’Université, qui peut aider à améliorer son CV, et propose des annonces de jobs à temps partiels pour les étudiants. Vu comment c’est parti et la quantité de travail qui n’est tout de même pas négligeable, je ne suis pas sûr de pouvoir trouver le temps de travailler en plus…Mais ce n’est pas pour ça que j’en parle, c’est car pendant l’inscription (en ligne, comme toute inscription ici), le Français que je suis a été un peu décontenancé par une question  concernant mon « origine ethnique ».

 

Cela fait partie d’un dispositif d’égalité des chances je suppose. Je ne me suis pas renseigné plus que ça pour l’instant…mais je pense qu’ici la discrimination positive est courante. Il y a par exemple un site Internet pour favoriser l’emploi des étudiants diplômés noirs et asiatiques… J’avoue qu’à 23h32 je n’ai pas d’avis là-dessus. Ca fait juste bizarre de se voir demander à quel groupe ethnique on appartient ! Même si je suis encore un peu bronzé après un mois et demi à tourner autour d’une piscine, j’ai coché « White ».

Encore un petit truc qui m’a surpris : pendant le tutorial sur l’Union européenne, le prof (un doctorant, très sympathique du reste) nous demandait, dans notre présentation, de se situer personnellement sur l’échiquier politique. Peut-être que certains profs le font aussi en France, mais je pense que c’est beaucoup plus « tabou ». Il y avait beaucoup d’étudiants Erasmus français dans notre petit groupe (dont beaucoup d’IEPiens), se déclarant tous « de gauche » d’ailleurs. En précisant qu’on ne pouvait pas vraiment transposer notre découpage droite-gauche ici. Et qu’être de gauche en France, ça voulait sûrement dire être un peu plus de gauche au Royaume-Uni. La pauvre Erasmus italienne a dû donner son avis sur la corruption dans son pays ! Elle a très justement répondu qu’on faisait de l’Italie un exemple, mais que certains pays n’étaient sûrement pas en mesure de donner des leçons, même si les scandales apparaissent moins au grand jour.

 

Dans la série des plans gratuits, il y avait un « free swim » au complexe aquatique. J’en ai donc profité, et j’ai en partie trouvé la réponse à une question existentielle que je me posais avant de venir ici. Oui, après les voitures qui roulent à gauche, les escalators qui sont aussi « inversés » (certes c’est subjectif !), on circule bien dans le sens des aiguilles d’une montre dans les couloirs de natation… Enfin je crois, car il y avait un panneau que le maître-nageur mettait devant certaines lignes d’eau indiquant qu’il fallait justement nager dans l’autre sens. Dans le sens inverse du sens inverse, donc. Ils sont fous ces Anglais…

 

Samedi soir, je suis allé voir une « Installation de Feu » dans Platt Fields Park. C’est vrai que proposer ce genre d’événement à Manchester, c’est ambitieux. Car comme il fallait le prévoir, il a plu. Et l’eau et le feu, jusqu’à preuve du contraire ça ne fait pas bon ménage. C’est pour cette raison que les pompiers utilisent parfois de l’eau pour arrêter un incendie. Ingénieux, innit ? Mais la pluie n’arrête pas les Mancuniens. C’était pas mal du tout, je crois que j’avais déjà vu cette installation au Festival de rue de Ramonville (compagnie « Carabosse »). Il y avait un petit groupe de musiciens qui jouaient dans un style inclassable mais c’était très plaisant. Ils jouaient sous un arbre, sur deux grands tapis en guise de scène (et pour protéger le matos de la pluie), et leurs guitares étaient pendues aux branches. Original.

 

Shocking… Les distributeurs de prospectus sont légion devant le Students Union, je l’ai déjà dit. Mais aujourd’hui, on a encore franchi une étape dans le n’importe quoi. Une fille faisait son boulot quasi-nue, et j’exagère à peine. Disons qu’elle travaillait en maillot de bain (en bas) et soutien-gorge ! De la pub pour une boîte qui propose une soirée hebdomadaire « lap-dance »…

Sinon aujourd’hui j’ai fait une belle boulette (une de plus, se diront certains). En gros, j’ai mis la clé de ma chambre dans mon placard, puis fermé mon placard avec mon cadenas. Cadenas dont la clé se trouvait alors…dans le placard. J’ai donc dû me ridiculiser en allant à la réception expliquer ma situation. J’ai limité les dégâts car il faisait déjà nuit, donc pas grand monde à la réception, et c’était plus discret de passer dans la cour avec ma pince monseigneur… Je vais peut-être remplacer le cadenas par un autre, mais à code cette fois. Et j’essaierai de ne pas oublier le code.

 

Encore merci pour tous vos commentaires ! Et encore désolé pour la longueur…d’autant plus qu’il y a beaucoup de passages qui n’intéresseront pas grand monde, voire personne. J’en suis conscient mais je ne peux pas me restreindre, c’est plus fort que moi, il faut que je parle un peu de tout. C’est un peu égoïste dans un sens, car je mange votre temps. Mais encore une fois, vous n’aviez qu’à pas tout lire, et puis c’est tout !

Par Charlie - Publié dans : charliethefrog
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